vendredi 30 mars 2012

Les BRICS haussent le ton sur la réforme de la Banque mondiale et du FMI

Le quatrième sommet des BRICS - forum des économies émergentes rassemblant le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud - s'est tenu, jeudi 29mars, à New Delhi avec la ferme intention de franchir un pas supplémentaire dans l'affirmation de son poids face aux pays développés. La principale décision est la mise sur orbite d'un projet de nouvelle banque de développement, déjà appelée de manière informelle "banque BRICS" ou "banque Sud-Sud".

Son objectif sera de "mobiliser des ressources pour des projets d'infrastructures et de développement durable" à la fois dans les BRICS et dans les "autres économies émergentes" et "pays en développement", selon les termes du communiqué final baptisé "Déclaration de Delhi". Le projet reste toutefois à ce stade très embryonnaire. Les cinq chefs d'Etat et de gouvernement présents à New Delhi se sont contentés de donner instruction à leurs ministres des finances d'"examiner la faisabilité et la viabilité" de l'initiative. Un groupe de travail sera constitué.

"EXCÈS DE LIQUIDITÉS"

Ce geste illustre l'agacement croissant de ces Etats aux économies dites "émergentes" face aux monopoles toujours détenus par le Nord en matière de gouvernance mondiale alors que la géo-économie a été bouleversée depuis une dizaine d'années.

La déclaration de Delhi critique ainsi la "lenteur des réformes du Fonds monétaire international" (FMI) censées ouvrir davantage l'institution sur le Sud. Alors que la campagne est lancée pour remplacer en juin, à la tête de la Banque mondiale, l'Américain Robert Zoellick, les BRICS réclament un processus de sélection "ouvert" et "basé sur le mérite", critique implicite de la tradition en vertu de laquelle Américains et Européens se partagent jusqu'à présent les directions de la Banque mondiale et du FMI.
La déclaration de Delhi décoche également quelques flèches sur les effets potentiellement déstabilisateurs des plans de sauvetage des économies occidentales. Les "excès de liquidités" injectées par les banques centrales sont ainsi dénoncés au motif qu'ils risquent de nourrir, au Sud, la "volatilité des flux de capitaux et des prix des matières premières".

UN QUART DU PIB MONDIAL
 Forts de leur poids dans les équilibres mondiaux - 45 % de la population de la planète et un quart du PIB -, les BRICS sont plus que jamais tentés d'alléger leur dépendance à l'égard du dollar. Un accord a été conclu à New Delhi entre les banques centrales des cinq pays afin de faciliter le recours à leur monnaie nationale pour financer le commerce intra-BRICS, qui croît au rythme annuel de 28 %.

Enfin, sur le front diplomatique, les BRICS réaffirment leur lecture différente de l'Occident sur les crises au Proche-Orient, en particulier sur l'Iran et la Syrie. La déclaration de Delhi affirme que la situation en Iran "ne peut être autorisée" à dériver vers "un conflit". Au sujet de la Syrie, les BRICS appellent à la "fin immédiate de toutes les violences" et au règlement de la crise "par des moyens pacifiques encourageant un large dialogue national" dans le respect de "la souveraineté" du pays.

Le front des BRICS n'est toutefois pas totalement uni sur la crise syrienne. L'Inde s'était dissociée de l'obstruction de la Chine et de la Russie le 4 février lors du vote, au Conseil de sécurité des Nations unies, d'un projet de résolution. New Delhi avait voté alors en faveur du texte soutenu par la Ligue arabe ouvrant la voie à une transition politique.

Japon: Noda donne l’ordre de détruire la fusée nord-coréenne si nécessaire


La télévision KRT a annoncé le lancement d'une fusée
pour marquer le centième anniversaire de la naissance de Kim Il-sung,
 le 16 mars 2012 (capture d'écran). Reuters/路透社

Le Premier ministre japonais Yoshihiko Noda a donné son feu vert vendredi pour que les forces armées détruisent la fusée que s'apprête à lancer la Corée du Nord, au cas où elle menacerait le Japon.

Cette décision a été prise lors d'une réunion du gouvernement présidée par M. Noda.

"J'ai transmis un ordre de destruction", a confirmé le ministre de la Défense Naoki Tanaka devant les journalistes.

La semaine dernière, il avait déjà ordonné aux Forces d'autodéfense — nom officiel de l'armée au Japon — de préparer les missiles sol-air Patriot Advanced Capability-3 (PAC-3) et les missiles intercepteurs Standard Missile-3 (SM-3), installés à bord des destroyers disposant du système de combat Aegis.

La Corée du Nord a annoncé qu'elle allait lancer une fusée entre le 12 et le 16 avril pour placer en orbite un satellite d'observation à usage civil, mais les Etats-Unis et leurs alliés, notamment sud-coréens et japonais, y voient un test déguisé de missile balistique à longue portée et demandent à Pyongyang d'y renoncer.

Le régime nord-coréen a répondu qu'il n'abandonnerait "jamais" le droit de lancer "un satellite pacifique".

Des images satellite capturées jeudi par la firme américaine DigitalGlobe et publiées vendredi par le site 38 North (38north.org), spécialisé dans l'étude de la Corée du Nord, montrent que les préparatifs ont bel et bien démarré.

La rampe de lancement a été rapprochée du pas de tir, des équipements sont hissés dans la tour, des équipes débroussaillent les alentours et des camions remplissent de carburant les réservoirs de la fusée.

Le tir doit être effectué depuis la base de Tongchang-ri, dans l'extrême nord-ouest de la Corée du Nord. Le premier étage de la fusée doit tomber en mer Jaune, à l'ouest de la péninsule coréenne, et le deuxième étage à l'est des Philippines, en survolant une partie des îles d'Okinawa (sud du Japon).

Le lancement doit coïncider avec le centième anniversaire de la naissance du fondateur de la République Populaire Démocratique de Corée, Kim Il-Sung, grand-père de l'actuel homme fort du régime, Kim Jong-Un, qui a lui-même succédé à son père Jong-Il, décédé le 17 décembre 2011.

La Corée du Sud a également prévenu de son côté qu'elle pourrait détruire en vol le lanceur s'il se dirigeait vers son territoire.

Selon le journal nippon Tokyo Shimbun, généralement bien informé sur les questions nord-coréennes, "le lancement se rapproche". "Il est probable que la date du lancement soit fixée au 12 ou au 13 avril", a déclaré une source proche du gouvernement nord-coréen, citée jeudi par le quotidien.

L'agence officielle nord-coréenne KCNA a affirmé que le satellite envoyé par le pays devait lui permettre de mieux évaluer l'état des cultures et de relever des données météorologiques.

Le satellite, pesant 100 kg, suivra "une orbite héliosynchrone" à 500 km d'altitude et dispose d'une autonomie prévue de deux ans, a expliqué un haut responsable du Comité coréen pour la technologie spatiale, cité parKCNA.

La Corée du Nord a invité des experts spatiaux et des journalistes étrangers à assister au tir, afin de "prouver la nature pacifique de ce lancement d'un satellite scientifique et technologique d'une manière transparente", selon l'agence officielle.

En avril 2009, la Corée du Nord avait déjà procédé à un tir censé mettre en orbite un satellite. La fusée, lancée vers l'est, avait survolé le nord de l'archipel nippon avant de s'abîmer dans le Pacifique.

Le Conseil de sécurité de l'ONU avait condamné ce tir et alourdi les sanctions à l'égard du régime nord-coréen. En représailles, Pyongyang s'est retiré des pourparlers à six (Chine, Etats-Unis, Russie, Japon et les deux Corées) sur sa dénucléarisation.

jeudi 29 mars 2012

Suspension de l'aide alimentaire américaine à Pyongyang

Les Etats-Unis ont suspendu leur projet d'aide alimentaire à la Corée du Nord à la suite de la décision de Pyongyang de procéder en avril à un nouveau tir d'un missile à longue portée, ont annoncé des responsables de l'administration Obama.

Selon la version officielle nord-coréenne, il s'agira de mettre en orbite un satellite météorologique géostationnaire. Mais la Corée du Sud et son allié américain évoquent un tir expérimental déguisé de missile balistique, qui serait contraire à l'accord conclu en février prévoyant un gel des essais nucléaires et des tirs de missile en échange d'une aide alimentaire américaine.

"Ce projet de lancement est une provocation d'envergure parce qu'il témoigne de la volonté des Nord-Coréens d'expérimenter et de développer leurs capacités de missiles à longue portée", a déclaré devant la commission des Forces armées de la Chambre des représentants le secrétaire d'Etat adjoint par intérim chargé de l'Asie et du Pacifique, Peter Lavoy.

"Nous croyons que cela reflète leur absence de désir de respecter leurs engagements internationaux et nous avons donc (...) été contraints de suspendre nos activités de fourniture d'une aide nutritionnelle à la Corée du Nord", a-t-il ajouté.

Le 29/03 par Paul Eckert, Jean-Loup Fiévet sur http://www.challenges.fr/

Les Brics s'imposent peu à peu sur la scène internationale


Dilma Rousseff (Brésil), Dmitri Medvedev (Russie), Manmohan Singh (Inde),
Hu Jintao (Chine) et Jacob Zuma (Afrique du Sud)
dirigent des pays émergents à forte croissance.

Même s'il n'a pas donné lieu à d'annonces spectaculaires le 4e sommet des Brics, à New Delhi, a souligné l'envie croissante des pays émergents de travailler entre eux, notamment en matière de changes.

Ce n'est pas encore l'influence du G20 ou du G8. Mais petit à petit le sommet des Brics creuse son sillon sur la scène internationale. Les chefs d'État du Brésil, de Russie, d'Inde, de Chine, et d'Afrique du Sud se sont réunis ce jeudi matin à New Delhi pour leur quatrième sommet. L'occasion pour les pays émergents en forte croissance, à défaut de faire des annonces spectaculaires, de poser une nouvelle pierre dans la difficile construction d'un édifice commun. Pour la première fois, les chefs d'État ont ainsi lancé des travaux concrets en vue de la préparation de leur prochain sommet, prévu en 2013, signe de l'émergence d'une forme de coordination. Ils ont chargé leurs ministres des Finances respectifs de créer un groupe de travail conjoint qui leur présentera, l'année prochaine en Afrique du Sud, un projet de création d'une banque de développement «sud-sud» consacrée au financement des infrastructures et de l'innovation dans les pays en développement.
Plus qu'un projet réellement abouti, il s'agit pour les Brics de manifester leur agacement à l'égard de la gouvernance du FMI - «qui doit mieux refléter la voix et le poids de ses membres les plus pauvres». Mais aussi vis-à-vis de la banque mondiale. Car les Brics ont beau n'avoir toujours pas réussi à présenter un candidat commun au poste de président de l'institution, qui sera renouvelé en juin, ils ont appelé avec une fermeté accrue à ce que la présidence de cette banque soit accordée dans le cadre d'une procédure «ouverte» à tous les pays «et basée sur le mérite». Sous-entendu, que le poste ne soit plus réservé seulement aux Américains.

La politique de change en question

Les pays des Brics, qui représentent 43% de la population mondiale et assurent actuellement l'essentiel de la croissance du monde hésitent de moins en moins à donner des leçons aux pays développés. La présidente brésilienne, Dilma Rousseff, a une nouvelle fois appelé à des politiques de change moins déséquilibrées, une allusion au dollar que les brésiliens jugent notoirement sous-évalués par rapport au réal. Quant aux Européens, ils doivent eux aussi apporter leur pierre à l'édifice: «l'accroissement de la dette souveraine et les ajustements budgétaires à moyen terme qu'ils impliquent dans la zone euro créent une incertitude sur la croissance globale», lit-on dans le communiqué final. Mais surtout, «la liquidité excessive due aux actions très agressives des banques centrales pour stabiliser leur économie domestique se répand sur les marchés émergents, générant une volatilité excessive des capitaux et sur les marchés de matière première». Un pavé dans la mare de la BCE et de la banque d'Angleterre, au moment où la Fed américaine réfléchit elle aussi à lancer une nouvelle séquence de «quantitative easing», équivalente à faire marcher la machine à billets.
Loin de se remettre eux même en cause, les Brics en appellent au G20 pour s'assurer de la mise en oeuvre d'une coordination macro-économique globale permettant d'assurer la reprise mondiale.

Enfin, les Brics ont fait une timide mais importante avancée en matière de changes. Les cinq banques de développement publiques de ces pays ont signé entre elles «un accord de crédit multilatéral», nom barbare pour désigner un dispositif permettant de faciliter la mise à disposition de devises locales entre ces banques, ce qui rendra plus aisé le commerce entre ces pays en monnaies sans avoir forcément recours aux grandes monnaies internationales convertibles. Un coup de canif encore symbolique dans l'hégémonie du dollar.

Le 29/03, par Cyrille Lachèvre sur http://www.lefigaro.fr/

mercredi 28 mars 2012

Que font les animaux dans la fosse ?

"La guerre est  juste une lâche fuite des problèmes de temps de paix". T. Mann
Aux États-Unis, leader incontesté de l'Occident, l'État ne peut plus fournir de réponses aux questions de la population. Entre autre, il demeure des questions des plus sérieuses : Que va t-il arriver à la valeur du dollar ? Quel est le sort de dizaines de millions de personnes recevant des coupons alimentaires du gouvernement ? Comment mettre fin à la dette astronomique des ménages, des entreprises et de l'État ? La liste est longue. En réponse, des représentations exagérées de la Syrie et de l'Iran ont émergées. Toutefois, la présence du "democratisator" en Syrie, pourrait avoir facilement des implications tectoniques pour le monde moderne.
Les Etats-Unis, sont traditionnellement une vache qui broute dans le monde entier, mais dont le lait ne profite qu'à eux seuls. Pendant un certain temps, le monde avait assez de ressources pour un tel modèle de développement. Toutefois, l'épuisement des ressources naturelles et la croissance de la population dans les pays non-occidentaux a mis à l'ordre du jour la question de la révision des règles existantes. La puissance militaire de Washington est colossale. Il est très difficile de se battre avec un dragon si féroce.
Les cupides banquiers de Wall Street ont construit un système économique prédateur. Celui qui se positionne contre le système bancaire ne survivra pas. Toutefois, l'avidité rapace endémique a entraîné tous les pays du monde dans un gouffre. Et comme dans le conte "Les animaux dans la fosse" le moment est venu pour quelqu'un de se repaître. Les maîtres de ce processus sont les États-Unis, lesquels sont activement engagé dans la recherche de nouvelles victimes.
En théorie, Washington serait le principal coupable de "la création de la fosse», cependant il est armé jusqu'aux dents. En outre, la Maison Blanche est le chef de file du troupeau de prédateurs lesquels sont habitués à lui obéir. En géopolitique, cette situation conduit inévitablement à la redistribution du monde, ce qui par nature ne peut pas être indolore et sans effusion de sang.
Pour retarder sa fin, l'Occident a pris des positions qui lui correspondaient. L'Arabie saoudite et le Qatar n'ont pas été touchés car ce sont des monarchies qui sans l'aide des Etats-Unis et des dirigeants européens sont condamnées à mort. Cependant, beaucoup d'autres ont été envoyés à l'autel du sacrifice.
Le chaos contrôlé est une «astuce» de la politique américaine. Avec l'aide de cette technique, les pays concurrents descendent dans l'abîme, et se défient. Avec cependant un coût élevé pour l'armée américaine, qui soit dit en passant, est allé engraisser le complexe militaro-industriel, L'Irak est passé sous le contrôle de l'Occident. C'est-à-dire que ses ressources pétrolières circulent dans les zones choisies par Washington, avec des prix qui sont dictées par Washington.
En Afghanistan, la situation est quelque peu différente, car il n'y a pas de pétrole. Mais la production a augmenté de plusieurs dizaines de fois, en particulier celle de l'héroïne. Cette drogue a une importance géostratégique, car elle permet d'accumuler des capitaux destinés à la corruption (un homme est faible devant un beaucoup d'argent et les perspectives qu'il lui offre), et l'héroïne affaiblit le fond génétique de l'homme sur une échelle de plusieurs millions de personnes. Encore une fois, cela se fait sous les ordres du Pentagone au détriment de l'Afghanistan.
La Syrie est une cible naturelle. Avant la Syrie, c'était la Libye. Même le prédateur le plus paresseux ne pouvait pas ne pas s'en occuper. Cet Etat avec une petite population et de vastes réserves pétrolières s'est livrée sur un plateau. Et qu'il est bien le pétrole là-bas! Dans un certain nombre de champs on peut remplir de cet « or noir » le réservoir d'une voiture diesel directement à partir des puits, et elle roulera.
La rumeur qui dit que Mouammar Kadhafi faisait porté un joug au peuple libyen et que ce dernier se leva comme un seul homme pour combattre ce régime détestable est grandement exagérée. Pendant les quarante ans de régime dictatorial libyen, un total d'environ 500 personnes ont été exécutées. Et dans la liste se trouvent tous les sadiques, meurtriers, et pédophiles. Il y a quelques opposants politiques, mais si vous comparez le nombre de victimes du colonel Kadhafi par rapport à ceux d'Islam Karimov, il prendra un statut de petite frappe.
L'histoire de la Libye a confirmé la déclaration faite par Adolf Hitler disant que personne ne demande au gagnant s'il avait dit la vérité. Les nombreux milliards d'investissement de l'ex Lybie dans l'économie de l'Union européenne sont soudainement apparus comme volés au peuple libyen. Et pourquoi ? Tout est comme prévu, les tampons, le bilan, les conditions, ainsi que la participation des avocats les plus chers de l'Ouest. Les Libyens, qui étaient reconnaissants à Kadhafi pour la gratuité du logement, des travaux publics, et des bons avantages sociaux, ont donc pris les armes pour sa défense. 
Pour la Syrie, presque tous les ponts de chemin de fer ont été dynamités, et les chemins de fer eux-mêmes sont minés. Les déplacements en voitures se heurtent au danger de nombreux points de contrôle tenus par de bandits. La Syrie s'appelle la République Arabe Syrienne, mais en réalité, sa population est une mosaïque sur le plan ethnique et religieux. Le pays a été fortement inondé d'armes, y compris d'armes lourdes (lances roquettes).
En raison des proportions prises par la crise mondiale, la défaite de la Syrie ne peut pas être objectivement le point final de la stratégie militaire de l'Occident. La prochaine étape, c'est l'Iran. A l'époque du Shah Mohammed Reza Pahlavi, l'Iran a connu une grande modernisation. Téhéran était occidentalisé, désislamisé et l'économie et la prospérité économique en croissance rapide. Avec l'aide de l'Occident a eu lieu la révolution islamique, qui, combiné avec l'agression de l'Irak pour une vingtaine d'années a arrêté le développement du pays.
Mais le puissant potentiel de l'Iran lui a permis par la suite à commencer à exercer son influence. Le pays a continué à s'industrialiser. Téhéran a construit une centrale nucléaire et est sur ​​le point d'adhérer à part entière dans le club des puissances nucléaires. Mais voici le problème : l'élite du pays ne conserve pas l'argent du pétrole dans les banques occidentales, mais dans les banques Iraniennes. Les compagnies pétrolières étrangères ne sont pas les maîtres en Iran. En conséquence, les États-Unis ont organisé un blocus économique et prévoient une agression militaire.
La guerre de l'Occident et de ses satellites tels que l'Arabie Saoudite et le Qatar, contre l'Iran, aura des répercutions régionales très importantes. L'Azerbaïdjan est prêt à faire la guerre sur le côté de l'Occident, mais serait alors la cible des bombes iraniennes.
Les guerres, en particulier les grandes, vont automatiquement catalyser une variété de processus dans les vastes régions. Ce qui prend plusieurs années en temps de paix se règle lors en quelques mois. Par conséquent, la région de l'Asie centrale dans le cas d'une guerre en Iran subira d'énormes dégâts. L'Ouzbékistan pourrait être facilement déstabilisée. 2 à 3.000.000 de réfugiés en provenance d'Ouzbékistan se dirigerait vers le territoire du Kazakhstan et pourrait faire dérailler le marché du travail et déstabiliser la situation politique dans le sud. Il n'y a pas de doute sur le fait qu'il n'y avait aucun plan de ce type à Astana. Le Kazakhstan a une position sur la vente de pétrole, mais aucune réponse sur le plan de la politique étrangère. Par conséquent, la situation avec l'Iran est inévitable, mais Astana se trouve dépourvue.
Le 28/03/2012, par Batyr Alekperov sur www.contur.kz

mardi 27 mars 2012

Chroniques émergentes : la Chine malade de soif

Février 2010. Je suis au Vietnam ; je remonte en bateau le Mékong et ses affluents depuis son delta pour rejoindre Phnom Penh au Cambodge. Le fleuve, le plus grand d'Asie du Sud-Est, est couleur de boue. Mais ce qui me frappe, c'est son niveau manifestement très bas. Le Mékong est une artère de communication pour l'économie agricole et c'est lui qui permet les cultures grâce à l'irrigation.

Arrivé dans la capitale cambodgienne, il ne me faut pas longtemps pour constater l'extrême sécheresse qui sévit dans les campagnes autour de la ville. J'apprends que le ton monte entre d'une part les pays du bassin du Mékong (Vietnam, Laos, Cambodge, Thaïlande, faisant partie de la Commission du Mékong) et la Chine, cette dernière étant en train de construire jusqu'à huit barrages sur le cours amont du fleuve, qui prend sa source dans l'Himalaya chinoise.

Le mois suivant, le Bangkok Post titrait : "Les barrages chinois tuent le Mékong". Le programme des Nations unies pour l'environnement s'est emparé en vain du problème, avertissant que les projets hydrauliques chinois pourraient causer "une menace considérable" pour la rivière et ses richesses naturelles.

La Commission du Mékong, dont ne fait pas partie la Chine, progresse dans la coopération internationale des pays "aval". Ainsi, un accord a été trouvé pour suspendre la décision de construction d'un barrage au Laos afin de procéder à des études complémentaires sur les conséquences environnementales de ce projet controversé.

L'eau, pour l'instant, n'induit dans cette région du monde que des batailles diplomatiques ou d'experts.

Une Chine malade de la soif

C'est vrai qu'en Chine, la région du Yunnan est particulièrement touchée par la sécheresse. Le gouvernement a donc décidé la construction d'une série de barrages pour générer de l'électricité d'une part, et irriguer les terres agricoles d'autre part.

Les trois premiers barrages sont opérationnels, ils sont de taille moyenne pour ce qui est de la retenue d'eau, mais le quatrième est l'un des plus hauts du monde. Le remplissage de son lac de retenue a commencé et durera, tenez-vous bien, entre cinq et 10 ans pour contenir 15 milliards de m3 !

Comme d'habitude, la Chine a lancé ce programme sans concertation... Et les pays concernés découvrent les conséquences dramatiques sur les millions de gens vivant en aval – souvent des paysans, des pêcheurs, une population pauvre, avec comme corollaire un impact sur la production agricole, mais aussi sur les villes moyennes de la région. La Chine est donc invitée à coopérer dans la gestion de l'eau du Mékong, mais le fera-t-elle ?

La préoccupation pour la ressource hydrique est fondamentale en Chine et les projets hallucinants ne manquent pas. Il faut dire que la situation a de quoi inquiéter. Ainsi, 40% de la population vit dans les plaines du nord, lesquelles n'ont que 15% des ressources en eau, selon la Banque mondiale. Un projet pharaonique est en cours d'exécution pour détourner une partie des eaux du Yang Tsé vers le nord au moyen de trois canaux.

Mais la controverse fait rage car depuis, la sécheresse a frappé également le bassin du Yang Tsé. Les scientifiques pointent du doigt que l'eau du sud ne suffira pas à régler le stress hydrique du nord et ne fera que retarder l'arrivée de la crise de l'eau. Pékin hésite à poursuivre le projet...
D'autres idées incroyables sont sorties des cartons, comme celle de monter l'eau de mer à 1 200 mètres pour créer des lacs dont l'évaporation constituerait des nuages porteurs d'une pluie bienfaisante ! L'emballement de la créativité des technocrates et des ingénieurs montre bien que le sujet de l'eau est devenu essentiel. Si la guerre de l'eau n'est pas encore déclarée, la "chasse à l'eau" a bel et bien débuté.

L'eau plus précieuse que jamais

L'eau et sa disponibilité pour les sept milliards d'êtres humains est évidemment un des plus grands défis de notre temps. Cela avait d'ailleurs été le thème que j'avais choisi pour la toute première lettre de Défis & Profits il y a quatre ans.

Et vous vous en doutez, la situation ne s'est pas améliorée depuis 2008... Deux facteurs contribuent à cette détérioration :
- l'augmentation de la population mondiale, dont je vous parle régulièrement, et qui est pour moi la mère de tous les grands défis ;
- les changements climatiques qui d'ailleurs n'y sont pas totalement étrangers. Le problème de l'eau est indissociable des évolutions climatiques. Tenez, à la sécheresse de 2010 au sud-est asiatique, évoquée ci-dessus, ont répondu les terribles inondations de 2011 en Thaïlande et au Cambodge.


Le phénomène de La Niña vient lui aussi perturber la vie des Sud-Américains. Mais ne partons pas dans tous les sens et laissons de côté le sujet du climat pour cette fois. Sachez seulement qu'aujourd'hui, plus d'un milliard d'hommes n'a pas accès à l'eau potable.
Combien faut-il d'eau et où la trouver ?

C'est la FAO (Food Agriculture Organisation, agence de l'ONU) qui diffuse les statistiques mondiales des ressources en eau pour l'ONU. Il faut toujours se méfier des statistiques et les prendre avec précaution. Pour les eaux de surface, l'estimation de la FAO est de 40 000 milliards de m3 en circulation. Mais pour des raisons de neutralité politique et, sauf en cas de traité spécifique, sachez que lorsqu'un fleuve traverse plusieurs pays, son débit est compté autant de fois qu'il y a de pays ! De quoi générer de sérieux problèmes pour une gestion intelligente de l'eau !

Quoi qu'il en soit, le point positif est que l'eau est abondante sur notre planète ; mais, vous le savez, 97% de cette eau est salée ! Dans les 3% d'eau douce, 70% sont dans les glaciers et les neiges permanentes. Sur les 30% liquides restants, 75% sont pollués et impropres à la consommation, ce qui au final permet à l'être humain de n'utiliser que 0,25% de cette énorme masse d'eau de la planète. Un comble, non ?

L'eau potable est rare sur la planète et inégalement répartie. Les précipitations sur les zones terrestres sont estimées à 110 000 milliards de m3 par an, de manière évidemment très inégalement répartis dans le monde. 64% de ces précipitations sont reprises par évaporation, les 36% restants alimentent les rivières et les nappes souterraines. Les régions arides qui en reçoivent peu sont en état de pénurie physique (Asie centrale, Maghreb et Moyen-Orient, sud de l'Inde, sud-ouest des Etats-Unis et une partie du Mexique, sud-est de l'Australie).

La pénurie d'eau peut avoir aussi une origine économique : ce sont les pays correctement arrosés qui souffrent d'un déficit d'infrastructures hydrauliques (Colombie, Equateur, Pérou, Afrique sub-saharienne, Birmanie, Laos, Cambodge, centre de l'Inde).

Pour d'autres pays enfin, la pénurie est imminente en raison du fort prélèvement des eaux des rivières pour les besoins humains. La consommation de l'eau a été multipliée par neuf depuis 1900 : la population continue de croître, elle se concentre dans les zones urbaines et l'amélioration du niveau de vie stimule la demande par habitant. Ce qui fait que la situation actuelle n'est véritablement pas tenable.

L'agriculture consomme 70% de l'eau, devant l'industrie (20%) et les municipalités (10%). Mais cette répartition va évoluer avec par exemple une industrie plus consommatrice et une agriculture plus économe. Le secteur de l'industrie en particulier va voir sa demande en eau s'apprécier de plus en plus en raison de l'équipement des pays émergents.

L'eau s'affirme donc de plus en plus comme un enjeu crucial des décennies à venir, et en particulier dans les Emergents. Les entreprises qui offrent des biens et des services liés à l'eau (approvisionnement, traitement, distribution, assainissement) rencontrent une vive demande et par voie de conséquence, des taux annuels de croissance pouvant atteindre 15%.
Ce mois-ci, dans Défis & Profits, Jean-Claude vous propose d'investir dans une entreprise d'infrastructures liées à l'approvisionnement en eau : puits, barrages, pompes, usines de traitement des eaux en surface ou enfouies, stockage d'eau, usines de retraitement des eaux usées, et des tuyaux. Un titre qui devrait rapidement s'apprécier de 12% à 15%. Et à plus long terme, Jean-Claude vise une hausse de 45%. Une valeur à découvrir dans Défis & Profits.

Le 27/03/2012, Jean-Claude Périvier, rédacteur de Défis & Profits

Obama, l'homme qui murmurait à l'oreille de Medvedev

Le président américain a demandé à son homologue russe de lui laisser une certaine marge de manoeuvre sur la question du bouclier antimissile en Europe. Un micro resté ouvert a capturé l'échange, vivement dénoncé par les adversaires républicains d'Obama.
Penchés l'un vers l'autre, ils se regardent dans les yeux. Le président des Etats-Unis Barack Obama pose la main sur le bras de son homologue russe, Dmitri Medvedev. Ces signes d'entente ont été immortalisés par les photographes et caméramen invités à la fin de leur tête-à-tête, en marge du sommet sur la sécurité nucléaire à Séoul. Mais les objectifs n'étaient pas seuls: des micros se sont aussi glissés dans la pièce... et certains sont restés ouverts. 
Avec le son, l'accord entre les deux hommes semble encore plus manifeste. "C'est ma dernière élection. Après mon élection, j'aurai plus de flexibilité", murmure Obama, demandant "plus d'espace" au président de la Fédération de Russie. Réponse de Medvedev: "Je comprends. Je vais transmettre l'information à Vladimir". C'est-à-dire Poutine, son prédécesseur et successeur à la présidence russe, qui doit être investi le 7 mai prochain. 

Cette discussion portait surtout sur la question du bouclier antimissile en Europe. Lancé en 2010, ce projet est devenu l'un des principaux sujets de discorde entre l'Otan et la Russie. Conçu par l'Alliance atlantique comme une protection contre une menace venant du Moyen-Orient, en particulier d'Iran, ce bouclier est considéré par Moscou comme une menace pour la sécurité de la Russie. Moscou menace d'activer un système d'alerte antimissile à Kaliningrad, enclave russe aux portes de l'Union européenne, si les Etats-Unis poursuivent sa mise en place sans faire de concessions. 

Concessions qu'Obama serait trop enclin à accorder, selon les républicains qui ont immédiatement rebondi sur cet échange. Mitt Romney, probable adversaire d'Obama en novembre prochain, a dénoncé le double jeu du président démocrate. "La Russie est notre ennemi géopolitique numéro un, dans la mesure où elle soutient les pires acteurs dans le monde, comme l'Iran ou la Syrie", a-t-il affirmé sur CNN. "C'est très troublant, très inquiétant de voir ce président chercher davantage de flexibilité, et qu'il n'ait pas à rendre des comptes aux Américains pour ses relations avec la Russie", a-t-il ajouté, faisant aussi référence au "redémarrage" des relations bilatérales mis en place depuis 2009. 

Obama a repoussé ces critiques, faisant valoir que rien, en la matière, ne pouvait se faire sans un large consensus politique à Washington. "La seule façon pour moi d'avancer sur ces questions est de consulter le Pentagone, le Congrès et d'obtenir le soutien des deux partis" démocrate et républicain. "Franchement, le contexte actuel n'est pas propice à ce genre de consultations sérieuses", a ajouté le président américain pour sa défense. 

Le 27/03 par Marie Simon sur http://www.lexpress.fr/

mercredi 21 mars 2012

Mieux payés à Schenzhen qu’à Sofia

La hausse spectaculaire des salaires actuellement en Asie fait ces jours-ci la Une de la presse économique, aux Etats-Unis avec le "Wall Street Journal", ou en France avec "Les Echos".
1 - D’abord, quelques éléments concrets. Le 1er avril, le salaire minimum va bondir de 40% en Thaïlande, malgré les protestations des industriels du textile qui menacent de délocaliser au Vietnam et au Cambodge. Au printemps, un SMIC sera mis en place à Kuala Lumpur et à Hong Kong. L’Indonésie et les Philippines polémiquent sur des hausses de salaire. En Chine, le salaire minimum à Shenzhen (à côté de Hong Kong) vient de grimper de 20% et tourne autour de 180 euros par mois. Le salaire moyen, lui, se rapprocherait de 400 euros mais certains cadres gagnent déjà autant qu’en Occident. C’est plus qu’un tournant, une révolution.

2 - Evidemment, on se demande si ces chiffres sont sérieux. Ils souvent officiels et il faut voir dans quelle mesure ces minima sont appliqués dans les entreprises. On sait par ailleurs que dans les provinces reculées de Chine, les rémunérations sont plus basses et que l’inflation peut « avaler » les gains de pouvoir d’achat. On sait enfin que le nombre d’heures de travail est extraordinairement élevé en Asie et que les conditions de travail peuvent être épouvantables. Tout cela relativise la photographie. Cela étant, la tendance, elle, est indiscutable : les revenus augmentent.

3 - Quel sens peut-on y voir ?

- Premier élément : on s’aperçoit que le salaire minimum dans le bassin industriel de Shenzhen (dont je parlais) est désormais plus élevé que celui de la Bulgarie et de la Roumanie, en Europe. Cela fait réfléchir !

- Second élément, l’Asie entre à son tour dans la phase de rattrapage économique classique. Aux Etats-Unis au début du XXe siècle, les industriels avaient, grâce aux gains de productivité dégagés grâce au fordisme (le travail à la chaîne), pu booster le salaire de leurs ouvriers pour augmenter le niveau de vie et la demande intérieure. Là, c’est le pouvoir chinois qui veut rééquilibrer sa croissance avec un Occident en crise : moins d’exportations, plus de consommation. C’est l’amorce de la fin du salarié low cost.

4 - Pour la France, est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

- Si on prolonge la courbe salariale, on se dit que les consommateurs d’Occident ont mangé leur pain blanc (les écrans plats seront plus chers) et que les producteurs d’Occident auront bientôt fini de manger leur pain noir (on délocalisera moins). Mais c’est en réalité plus compliqué. L’Asie gagne en efficacité ce qu’elle perd en coût, et la Birmanie et le Bangladesh peuvent remplacer la Chine ou la Thaïlande.

- C’est pour cela que la leçon essentielle est que ces hausses de salaire, effet de la mondialisation, sont d’abord une bonne nouvelle pour l’Asie. C’est pour cela que l’on comprend mal parfois - si on prend un angle plus politique - comment les tiers-mondistes généreux d’hier ont pu devenir aujourd’hui les avocats radicaux de la démondialisation.
Dominique Seux sur http://www.lesechos.fr/ le 21/03/2012

Quand l'Asie devient fordiste

Le 1 er avril, le SMIC augmentera de 40 %. Et les constructeurs automobiles se frottent les mains : ils vont pouvoir vendre plus de modèles. Ce n'est pas une blague, mais ça ne se passe pas en France. Le salaire minimum va bondir le mois prochain en Thaïlande, après avoir déjà pris 20 % dans la région chinoise de Shenzhen le mois dernier. En Indonésie et aux Philippines, le gouvernement conseille vigoureusement aux entreprises d'augmenter leurs employés. La Malaisie et le pourtant très libéral Hong Kong vont à leur tour instituer un plancher aux salaires. Les rémunérations s'enflamment sur tout le continent. Comme de plus en plus souvent en Asie, c'est la Chine qui a lancé le mouvement, donnant une marge de manoeuvre précieuse aux gouvernants et aux chefs d'entreprise des pays voisins. Et comme toujours depuis trois décennies, elle va très vite. Ses employeurs ont quintuplé le salaire moyen en une décennie ! C'est toute notre représentation de la planète économique qu'il va falloir changer. Le gouffre des rémunérations entre l'Asie et l'Europe se comble à toute allure. Il n'est parfois plus qu'un petit fossé. Dans plusieurs régions chinoises, le salaire minimum est désormais au même niveau qu'en Roumanie et en Bulgarie.
Les Etats-Unis étaient entrés il y a près d'un siècle dans la boucle vertueuse où la hausse des salaires soutient la demande, quand Henry Ford décida en 1914 de doubler la paie de ses ouvriers. L'Europe avait suivi après la Seconde Guerre mondiale, il y a plus d'un demi-siècle. C'est désormais au tour de l'Asie. Avec la même condition de départ : une révolution industrielle, dégageant des gains de productivité colossaux. Et un circuit différent : les Etats jouent un rôle moteur, sans doute plus important que les mouvements sociaux. La hausse des salaires s'inscrit parfaitement dans leur politique de rééquilibrage de la croissance, où la consommation doit prendre le relais de l'exportation et de l'investissement.
Pour les Européens et les Américains, le basculement fordiste de l'Asie est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Une bonne nouvelle, car la pression sur les salaires, souvent ressentie douloureusement, va fatalement diminuer. Une mauvaise nouvelle, car une Asie fordiste tournera de plus en plus sur elle-même. Il est illusoire d'en attendre l'essentiel de la croissance sur le Vieux Continent et dans le Nouveau Monde. Ce qui nous renvoie à une question vitale : comment retrouver le chemin des gains de productivité sur une planète aux ressources naturelles en voie de raréfaction.

Par Jean Marc Vittori sur http://www.lesechos.fr/ le 21/03/2012

vendredi 16 mars 2012

Retraité suisse, ou criminel kazakh?

Avec la Suisse ces dernières années, de plus en plus de questions se posent d'une part sur le sacro saint secret bancaire et d'autre part sur la clareté du système financier. Il suffit de se rappeler du gel des fonds de comptes soupçonnés d'être liés aux anciens présidents de la Libye, de la Tunisie et de l'Egypte. De plus, les actifs de l'ancien président de la Côte d'Ivoire ont été gelés en janvier 2011 en Suisse, et plus tôt, ceux des dirigeants Nigérian et Philippin.
Alors, qu'est-ce que la Suisse ? Un Etat de droit ou un dispositif mondial de blanchiment qui ne prend de dispositions seulement lorsque le torchon brûle avec un état autoritaire? En tout état de cause, pour les résidents du pays, il est important que la Confédération maintienne sa position d'examiner soigneusement l'origine de l'enrichissement des hommes d'affaire relevant de sa juridiction.
Dans cette veine, une situation intéressante a été mise au jour avec des gens en provenance du Kazakhstan. En particulier, la famille Khrapunov se met périodiquement sous les projecteurs de la presse avec ses capitaux plutôt importants. Cet ancien fonctionnaire qui a dirigé la plus grande ville du Kazakhstan et occupé divers postes ministériels est aujourd'hui l'un des hommes les plus riches de la Confédération.
En 2009, il apparaissait dans une liste compilée par le magazine "Bilan" dans la catégorie "Construction et immobilier" avec 300 à 400 millions de francs suisses, soit environ 384 millions de dollars américains. Après un certain temps, sont apparus dans "Bilan", les prénoms des enfants Khrapunov, Ilyas et Elvira.

L'achat immobilier le plus voyant d'Elvira est une villa qui vaut 32 millions de francs suisses à Cologny, dans la banlieue chic de Genève, sur les rives du lac Léman. Or, sa seule source officielle de revenus provient d'une boutique à Genève qui  vend des bijoux espagnols de la marque Carrera y Carrera.
Le fils de l'oligarque, Ilyas Khrapunov dirige l'entreprise privée Suisse Development Group SA, qui est spécialisée dans la construction de propriétés de luxe. En particulier, il a acheté l'Hôtel du Parc près de Vevey, ainsi que l'hôtel Le Mont-Pèlerin et Chardonne dans le canton de Vaud, qu'il a converti en 24 hôtels résidenciels de luxe appelé le Kempinsky Park. En outre, il a acheté un complexe hôtelier à la station montagnarde de Saas Fe, dans le Valais.

D'autres projets plus coûteux sont en cours de mise en œuvre. L'an dernier, Ilyas Khrapunov a rencontré le chef du département de la construction à Genève, Mark Muller, à propos du projet "Ma plage". Cet homme d'affaire a proposé de transformer la plage de  Genève en lieu de villégiature de luxe, en construisant un hôtel moderne. Le coût du projet est estimé à 147 millions de francs suisses. Toutefois, selon Mark Muller, ce projet est devenu trop important et pourrait avoir un impact négatif sur l'environnement. Autrement dit, les autorités ont refusé non seulement l'investissement mais aussi la création de 500 nouveaux emplois. On se pose la question pourquoi ? Peut-être parce que Genève occupe la première place du classement des cantons Suisses ayant le moins de chômage ?
La réponse est claire. La raison concerne l'origine des capitaux de la famille Khrapunov. Ilyas Khrapunov fait valoir que l'argent est d'origine légale. Il proviendrait selon lui de la cession de la chaine de télévision privée dont sa mère, une femme d'affaire kazakhstanaise, était propriétaire. Elle a réinvesti l'argent de cette cession dans l'immobilier et dans la joaillerie.
Une autre version prétend que les capitaux de Victor Khrapunov servent les intérêts financiers des autorités du Kazakhstan en Suisse. Ce serait une hypothèse logique, si Khrapunov avait été l'ami du président de la République du Kazakhstan. Mais ce n'est pas le cas. Il suffit d'aller sur le site d'Interpol, afin de le comprendre. Une source électronique de l'organisation internationale de police indique que Victor Khrapunov est officiellement recherché par les autorités kazakhstanaises pour des accusations de fraude, de blanchiment d'argent, d'activité criminelle en bande organisée. Environ vingt affaires pénales sont en cours contre lui dans son pays d'origine ou il a été jugé par contumace. Le tribunal y a ordonné sa poursuite et son arrestation. Les média kazakhs affirment que Victor Khrapunov s'est enrichi dans la fonction publique kazakhstanaise. Puis il s'est enfui en courant avec des millions de dollars, sachant que tôt ou tard, tous ses secrets remonteront à la surface.
Dans un premier temps il s'était fait tout petit, en espérant une issue favorable. Mais quand il est devenu clair qu'il ne pouvait éviter une enquête pénale, il est devenu un adversaire acharné des autorités kazakhes.
Le site internet de Khrapunov met le doigt sur l'incohérence de la position de cet ex-fonctionnaire.  Dans un article, il écrit qu'il a déménagé en Suisse pour continuer à défendre efficacement son point de vue, y compris sous la forme d'une confrontation ouverte avec les autorités. Un autre article précise qu'il est parti du Kazakhstan parce qu'il a pris sa retraite, et a mis fin à sa carrière politique.
Personne n'y comprend plus rien. Même Khrapunov ne comprend plus le vrai du faux. Mais les autorités compétentes elles, comprendront.
Certains diraient que la Suisse s'intéresse à cet ancien fonctionnaire uniquement parce cet homme fait l'objet d'un mandat de recherche international. Mais ce n'est pas le cas, car l'intérêt de la suisse sur cette personne s'est manifesté avant. L'organisation non gouvernementale « Humanitas Helvetika », conjointement avec l'organisation « Union des Musulmans du Kazakhstan» ont créé une commission d'enquête sur les actes de Khrapunov.
Cette personne est recherchée, mais étrangement  personne ne semble bouger pour l'arrêter. Pourtant, c'est à la police que doit revenir  le dernier mot. Il ne faudrait pas qu'un tiers profite de la situation de Khrapunov à des fins politiques. Malheureusement, c'est arrivé plusieurs fois. En particulier, beaucoup de voleurs et de criminels fugitifs partis de l'ancien bloc soviétique ont déjà acheté leur liberté en Occident. Dans cette histoire, il n'est pas cohérent de mettre la Suisse en cause pour manquement à la déontologie.


 

mardi 13 mars 2012

Premier producteur de terres rares, la Chine réorganise son système de quotas d'exportation

Pékin va laisser ses quotas d'exportation de terres rares quasi inchangés en 2012. Mais l'administration chinoise va désormais distinguer les minéraux « lourds » et  les « légers ».
La Chine a revu son système de quotas pour les terres rares, ce panel de 17 minéraux absolument nécessaires à la fabrication de nombreux produits comme les iPod, les éoliennes, les radars militaires ou encore les batteries pour les voitures électriques. Pékin a décidé de distinguer dans les quotas prévus pour 2012 les minéraux « légers » et les «  lourds ». Les premiers représentent environ 85 % du marché des terres rares, contre 15 % pour les seconds.
Le régime chinois va également imposer aux entreprises exportatrices des conditions plus strictes en matière de respect de l'environnement. Celles-ci devront respecter ces règles pour pouvoir obtenir les autorisations d'exportation. L'extraction et le traitement des terres rares peuvent en effet s'avérer très polluants dans certaines régions du pays.
Par contre, Pékin a décidé de laisser ses quotas quasi inchangés par rapport à l'an dernier, avec un volume maximum de 30.130 tonnes pour l'année 2012, contre 30.181 tonnes en 2011. Cette décision a pris à contre-pied nombre d'observateurs, qui s'attendaient plutôt à une réduction des quotas d'exportation de terres rares. JP Morgan a pris acte de cette décision la semaine dernière, en réduisant les perspectives de bénéfices de l'américain Molycorp, le plus gros producteur de terres rares en dehors de Chine.
La limitation des exportations chinoises de terres rares fait partie des sujets de friction récurrents entre Pékin et ses partenaires commerciaux, compte tenu de la position monopolistique du pays. La Chine produit aujourd'hui plus de 90 % des terres rares utilisées dans le monde.
En 2010, Pékin avait suspendu la fourniture de terres rares à Tokyo à la suite d'une tension entre les deux pays. Voilà un an, Pékin avait également décidé de réduire de 35 % ses quotas d'exportation au premier semestre 2011 (comparés à ceux de 2010). Une décision très mal accueillie par les pays développés, Etats-Unis, Allemagne et Japon en tête.
Avec la crise économique et le ralentissement de la demande en Europe et en Amérique du Nord, cette situation devrait néanmoins s'apaiser un peu.

Baisse des prix depuis l'été

Après avoir atteint des sommets au premier semestre, les prix des minéraux ont chuté de 30 % à 40 % depuis l'été. Sur les onze premiers mois de l'année, les entreprises chinoises exportatrices n'ont utilisé leurs quotas qu'à hauteur de 49 %, a annoncé le ministère chinois du Commerce. «  Le quota a moins de sens si la demande de terres rares n'atteint pas le plafond fixé », souligne Wei Chishan, analyste chez SMM, cité par l'agence Bloomberg. En revanche, la mise en place d'un quota spécifique pour les minéraux lourds pourrait avoir un impact sur le long terme, en rendant ces éléments moins accessibles, estiment certains analystes.
Pour l'instant, la Chine a cherché à limiter la baisse des cours des terres rares, en arrêtant certaines mines qui polluaient trop ou qui étaient en exploitation de manière totalement illégale. Le chinois Baotou, premier producteur de terres rares, a aussi suspendu sa production sur ses sites de Mongolie à la suite d'opérations de maintenance.
Le 02/01, par Emmanuel Grasland sur http://www.lesechos.fr/
 

dimanche 11 mars 2012

La banque internationale du combustible nucléaire, une solution contre la prolifération.

Dans les deux dernières décennies, le monde s’est senti de plus en plus  menacés pour sa sécurité, surtout par la propagation et l'utilisation d’armes de destruction massive, en l’occurrence les armes nucléaires. Le principal défi de notre époque est d’empêcher que de telles armes tombent dans les mains de terroristes, ou qu’elles ne soient créées ou assemblées par des États appartenant au soi-disant «axe du mal». Afin de condamner la perspective de telles mesures et de  lutter contre cette menace majeure, 55 pays se rencontreront fin mars 2012 dans la capitale de la Corée du Sud.

20 ans après la première explosion nucléaire, l'humanité a compris l’importance de la menace de l'arsenal nucléaire. La signature à la fin des années 60 du premier traité de limitation des armes nucléaires (le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires) entreprit des efforts pour assurer un contrôle international sur le mouvement de ces armes, et les tentatives d’utilisation «non planifiées». Aujourd'hui, ce contrôle est assuré au niveau mondial par l'AIEA.

Malgré la sensibilisation croissante de la menace nucléaire (et avant tout de la menace de l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins militaires) le nombre de pays qui ont volontairement renoncé à leur potentiel nucléaire est pratiquement nul. Certains États font étalage de leurs ogives nucléaires, pendant que d'autres cherchent à en obtenir.

Le Kazakhstan est peut-être la seule exception. Après l'effondrement de l'Union soviétique il y a 20 ans, cette jeune république postsoviétique a hérité du troisième plus important arsenal nucléaire au monde. Ce pays fut le premier dans le monde et le seul à ce jour, à avoir renoncé à ses armes nucléaires.

Depuis, le Kazakhstan est l'un des plus actifs et plus influents de l'intensification des efforts de la communauté internationale pour renforcer le Traité sur l’interdiction complète des essais nucléaires (TICE en 1996) et pour accroître la sensibilisation mondiale sur les effets dévastateurs des essais d'armes nucléaires.
En outre, le Kazakhstan est l'un des participants les plus actifs de l'Initiative mondiale de lutte contre le terrorisme nucléaire (GICNT), lancée en 2006 par les présidents des États-Unis et de la Russie. A l'initiative du président Nursultan Nazarbaïev en septembre 2010 à Astana, s’est tenue une conférence du GICNT sur la lutte contre le financement du terrorisme et la première réunion du Groupe d'experts sur sa mise en œuvre et son évaluation.

Le Kazakhstan a également déposé une demande de participation au Partenariat mondial contre la prolifération des armes de destruction massive du G8, dans lequel des mesures sont prises pour réduire la quantité de marchandises dangereuses nucléaires, radiologiques, chimiques et biologiques dans le monde entier, pour renforcer le contrôle des exportations à la frontière et pour prévenir la propagation des technologies de destructions massives par les terroristes et les pays impliqués dans leur distribution.

S'exprimant lors du sommet de 2010 sur la sureté nucléaire à Washington, le président Nursultan Nazarbaïev a annoncé l'initiative de la Déclaration universelle d’un monde exempt d'armes nucléaires. Selon Astana, l'interdiction de production et de déploiement des armes nucléaires doit être une priorité garantissant la non-prolifération.

A la lumière des développements de l’actualité ces dernières années, une initiative importante du Kazakhstan a été de proposer de créer au Moyen-Orient une zone exempte d'armes nucléaires. Des zones semblables existent déjà en Amérique latine, en Afrique, au Pacifique et dans le Sud-Est asiatique, qui rassemblent plus de 100 pays.

En substance, la proposition de Nazarbaiev était le miroir des craintes de la communauté internationale. A présent, les intentions d’un pays d’introduire l’énergie nucléaire sont considérées à la loupe. Or, l'Iran est activement engagé dans la construction de centrales électriques et dans l’enrichissement de l’uranium, ce qui fait peur à l'Occident. L’exemple de la lutte des pays occidentaux contre la terrifiante mais pourtant mythique possession d’armes de destruction massive par l’Irak est connu de tous. Cette menace a été inventée. C’est pourquoi il est possible que même des intentions pacifiques à Téhéran soient désormais perçues avec une extrême prudence.

En réponse à la tension croissante entre l'Iran et l'Occident, Astana a proposé de créer une banque internationale du combustible nucléaire, conservant en sécurisé une petite quantité d'uranium enrichi pour produire des assemblages de combustible pour les centrales nucléaires. Le Kazakhstan a offert d'accueillir cette banque sur son territoire.

La mise en place d'une banque internationale du combustible nucléaire sous les auspices de l'AIEA, fournit aux pays qui n'ont pas de ressources internes suffisantes l’opportunité de recycler le combustible nucléaire et dans le même temps, les soulage de la nécessité de développer leurs propres capacités nucléaires. Une telle concentration dans un seul endroit de tout le carburant nécessaire pour l'énergie nucléaire, permettrait d'éliminer la probabilité de prolifération incontrôlée des matières et technologies nucléaires. En fait, si une telle banque était créée et utilisée  opportunément par la Corée du Nord, l'Iran ou tout autre pays dits de l'« axe du mal », la confiance dans l'utilisation pacifique de l'atome serait restaurée. Et, sans affecter le marché des carburants nucléaires commerciaux, elle permettra aux pays de  développer sans entraves des programmes pacifiques liés à l’énergie.
Actuellement, vu le coût  élevé de l'énergie cette solution économique est plus qu'intéressante.

L'idée de créer une banque internationale du combustible nucléaire au Kazakhstan est soutenue par les Etats-Unis, notamment par le fait que le Kazakhstan dispose sur  l'ancien site d'essais nucléaires de Semipalatinsk, de toutes les infrastructures nécessaires, dont  la société "Usine Métallurgique d’Oulbinsk" dans l'Est du pays. Par-dessus tout, le Kazakhstan est le premier producteur mondial d'uranium et possède toutes les technologies permettant de produire de l’uranium faiblement à fortement enrichi.

Aussi aujourd'hui, le pays dispose d'un cadre juridique strictement réglementé qui permet un contrôle strict sur l'exportation de matières nucléaires.

Soit dit en passant, le Kazakhstan a acquis une grande expérience pour le stockage du combustible nucléaire. En novembre 2010, le pays a réalisé conjointement avec les États-Unis et l'AIEA, un projet relatif au transport et au stockage permanent de grandes quantités de combustibles nucléaires, suffisant pour stocker l’équivalent de 800 bombes nucléaires.

Il est supposé que la décision finale quant à la banque du combustible nucléaire, et à son lieu de déploiement sera prise en mars de cette année au sommet anti-nucléaire à Séoul.

samedi 10 mars 2012

Chine: déficit commercial record


En février, la Chine a enregistré son plus important déficit commercial de ces dix dernières années. Un signe de la détérioration des conditions économiques du pays, affirment certains analystes.
C'est un record. La Chine a enregistré en février son plus important déficit commercial en plus d'une décennie, de 31,48 milliards de dollars, à cause d'un bond des importations, notamment de pétrole, selon les chiffres rapportés samedi par les douanes chinoises.
Les importations ont bondi de 39,6% sur un an à 145,96 milliards de dollars, tandis que les exportations ont augmenté de 18,4% à 114,47 milliards de USD, ont détaillé les douanes sur leur site Internet.
Les importations ont progressé bien au-delà des attentes des économistes interrogés par l'agence Dow Jones, qui tablaient en moyenne sur 26% de hausse, tandis que les exportations sont largement en deçà de leurs prévisions, qui étaient de 28,8% de hausse.
Le déficit attendu par ces économistes était de 8,5 milliards de dollars seulement. Il s'agit du plus important déficit commercial jamais enregistré en un seul mois par la Chine depuis au moins l'an 2000, selon l'agence Dow Jones.
Ralentissement

Pour les deux premiers mois de l'année, la Chine affiche un déficit commercial de 4,25 milliards de dollars. En janvier, elle avait dégagé un excédent, mais le volume du commerce extérieur chinois s'était contracté à cause de l'impact des fêtes du Nouvel an chinois. Le niveau élevé des importations est notamment dû aux importations de pétrole, qui ont atteint le mois dernier le volume record de 23,64 millions de tonnes, pour un montant de 19,47 milliards de dollars.
La Chine enregistre fréquemment un déficit un commercial en début d'année, mais en 2011, il n'avait atteint que 890 millions de dollars pour les deux premiers mois de l'année.
Le déficit de février s'ajoute à d'autres indicateurs économiques publiés qui traduisent un ralentissement de la croissance dans la deuxième économie mondiale.
"D'une manière générale, nous assistons à une accélération de la détérioration des conditions économiques", a réagi Zhang Zhiwei, un économiste de Nomura Securities cité par l'agence Dow Jones. "Le ralentissement survient plus rapidement que ce que prévoyait le gouvernement", selon lui.
Le déficit commercial record pourrait inciter Pékin à assouplir davantage sa politique monétaire pour soutenir l'activité, alors que les exportateurs chinois souffrent actuellement de l'impact de la crise de la dette en Europe et de la faiblesse de la croissance économique aux Etats-Unis.



mercredi 7 mars 2012

L'art de la guerre : Iran, la bataille des gazoducs

Sur la scène de Washington, sous les projecteurs des media mondiaux, Barack Obama a déclamé : « En tant que président et commandant en chef, je préfère la paix à la guerre ». Mais, a-t-il ajouté, « la sécurité d'Israël est sacro-sainte » et, pour empêcher que l'Iran ne se dote d'une arme nucléaire, « je n'hésiterai pas à employer la force, y compris tous les éléments de la puissance américaine » (étasunienne, NdT). Armes nucléaires comprises donc. Paroles dignes d'un Prix Nobel de la paix. Ça, c'est le scénario. Pour savoir ce qu'il en est vraiment, il convient d'aller dans les coulisses. A la tête de la croisade anti-iranienne on trouve Israël, l'unique pays de la région qui possède des armes nucléaires et, à la différence de l'Iran, refuse le Traité de non-prolifération. Et on trouve les Etats-Unis, la plus grande puissance militaire, dont les intérêts politiques, économiques et stratégiques ne permettent pas que puisse s'affirmer au Moyen-Orient un Etat qui échappe à son influence. Ce n'est pas un hasard si les sanctions promulguées par le président Obama en novembre dernier interdisent la fourniture de produits et de technologies qui « accroissent la capacité de l'Iran à développer ses propres ressources pétrolifères ». A l'embargo ont adhéré l'Union européenne, acquéreur de 20% du pétrole iranien (dont 10% environ importé par l'Italie), et le Japon, acquéreur d'un pourcentage analogue, qui a encore plus besoin de pétrole après le désastre nucléaire de Fukushima. Un succès pour la secrétaire d'état Hillary Clinton, qui a convaincu les alliés de bloquer les importations énergétiques venant d'Iran contre leurs propres intérêts mêmes. 
L'embargo cependant ne fonctionne pas. Défiant l'interdiction de Washington,  Islamabad a confirmé le 1er mars qu'il terminera la construction du gazoduc Iran-Pakistan. Long de plus de 2mille Kms, il a déjà été réalisé presque entièrement dans son tronçon iranien et sera terminé dans celui pakistanais d'ici 2014. Il pourrait ensuite être étendu de 600 Kms jusqu'en Inde. La Russie a exprimé son intérêt à participer au projet, dont le coût est de 1,2 milliards de dollars.

Parallèlement, la Chine, qui importe 20% du pétrole iranien, a signé en février un accord avec Téhéran, qui prévoit d'augmenter ses fournitures à un demi million de barils par jour en 2012. Et le Pakistan aussi accroîtra ses importations de pétrole iranien. Furieuse, Hillary Clinton a intensifié la pression sur Islamabad, utilisant la carotte et le bâton : d'un côté menace de sanctions, de l'autre offre d'un milliard de dollars pour les exigences énergétiques du Pakistan. En échange, celui-ci devrait renoncer au gazoduc avec l'Iran et miser uniquement sur le gazoduc Turkmenistan-Afghanistan-Pakistan-Inde, soutenu par Washington. Son coût est estimé à 8 milliards de dollars, plus du double que prévu initialement.

A Washington, c'est cependant la motivation stratégique qui prévaut. Les gisements turkmènes de gaz naturel sont en grande partie contrôlés par le groupe israélien Merhav, dirigé par Yosef Maiman, agent du Mossad, un des hommes les plus influents d'Israël. Mais la réalisation du gazoduc, qui en Afghanistan passera par les provinces de Herat (où sont les troupes italiennes) et de Kandahar, est en retard. En l'état actuel, c'est celui Iran-Pakistan qui a l'avantage. A moins que les cartes ne soient redistribuées par une guerre contre l'Iran. Même si le président Obama « préfère la paix ».
Le 06/03/2012 sur www.ilmanifesto.it
Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio

mardi 6 mars 2012

Les oligarques fugitifs du Kazakhstan, un complément de revenu pour les puissances européennes.

Combien d'entre eux vivent dans la Perfide Albion, paissent sur les copieux pâturages alpins ou mène une vie opulente dans la capitale culturelle de l'Europe, Vienne? Leurs milliards volés nourrissent les économies en difficulté de l’UE, et soudain ces criminels fugitifs se transforment, miraculeusement sans doute, en hommes d'affaires respectables, en représentants des forces démocratiques du Kazakhstan, en défenseurs des droits violés sur le pétrole, en investisseurs immobiliers, en rapatriés.

Même en plein air, la vieille Europe peut tourner la tête de n’importe qui. La démocratie dans sa forme pure, sans mélange, fait tourner la tête. Une personne qui n’est pas préparée risque de chuter. C’est ainsi qu'un ancien maire d'Almaty et ancien ministre Viktor Khrapunov, qui s’est échappé en Suisse il y a plusieurs années, n’a pas pu résister à la tentation d’entrer dans la corruption kazakhstanaise.

Sans nier son implication dans la distribution illégale de terres à Almaty (une des raisons de sa chute) il a dit qu'il a été forcé. Rappelons que Khrapunov a vendu les terres du Parc National Naturel "Medeo" dans le complexe "Shymbulak" et d'autres sites sur lesquels la loi kazakhe interdit strictement de bâtir. C'était un véritable désastre territorial, qui a été résolu par le président Nursultan Nazarbaiev. Le Chef de l'Etat a commandé aux organismes d'application des lois de se pencher sur cette question sans prendre en considération les postes occupés  par les personnes impliquées.

Mais que dit Khrapunov? Il affirme qu'il était juste un distributeur silencieux. Si l'on en croit ses déclarations, c’est le pouvoir de la RK qui a décidé de qui bénéficiera d’une construction et où sur les territoires protégés. Et l’ancien fonctionnaire ne s’embêtait pas de l'illogisme de cette conception. Dites-moi, pourquoi le président kazakh ouvrirait-il une enquête s'il était lui-même en cause ? Pour mettre en cause Khrapunov? Pour ce faire, il y avait bien d'autres façons. Une procédure pénale contre le fugitif aurait pu être ouverte pour bien d’autres litiges que la vente de ces terrains.

Parmi ses autres péchés se trouve la construction de l'aéroport d'Almaty. Khrapunov a détourné 10 millions de dollars destinés à la construction du terminal passagers. La ville a été contrainte de payer les factures de sa dette.


On relève de nombreux cas criminels de manipulations de la propriété municipale, en particulier, d'achat pour quelques centimes de biens sociaux (écoles, hôpitaux), mais aussi de transfert à titre gratuit de terres publiques pour la publicité privée extérieure. (Remarque: ces terrains appartiennent à ce jour à deux sociétés, dont les fondateurs sont sa femme Leila Beketova, et son fils, Elias Khrapunov.)

Par conséquent, en ce qui concerne ces problèmes de terrains il existe une autre explication plus plausible. Notamment, Khrapunov a distingué des terres pour l’élite kazakhstanaise, sans révéler l'illégalité de ces opérations. Ainsi, il croyait que ses affaires véreuses seraient  protégées d'éventuelles attaques par les services répressifs. Faux, car elles sont arrivées. L’immunité n’a pas fonctionnée.

C’est pour cela que Khrapunov a échangé ses montagnes natales par celles des Alpes. Dès que cela a senti le roussi, il a réuni tous ses avoirs à l'étranger, a organisé un vol charter et est parti avec sa famille et tous ses avoirs en Suisse. C'était en 2008. Il a pris avec lui un capital considérable. La richesse de Khrapunov est estimée à 300-400 millions de francs suisses. Et maintenant, selon les données publiées dans la presse, cet ancien fonctionnaire modeste est entré parmi les 300 personnes les plus riches de Kazakhstan.

Maintenant, nous allons tenter de répondre logiquement à une autre question. Pourquoi Khrapunov a été silencieux pendant plusieurs années et a spontanément commencé à parler? C'est vraiment intéressant. Qui connaît Khrapunov comprend qu’il ne pouvait faire une telle démarche, que dans une situation exceptionnelle. Tout d'abord, parce qu'il n'a jamais été un homme politique indépendant. Dans l'élite kazakhe il porte le surnom d’"invertébré".

Deuxièmement, Khrapunov représentant officiel indéboulonnable de toutes les partocraties soviétiques, a compris depuis sa naissance que le silence est d'or. Et tout à coup il a parlé. Les paroles ont jaillit sans s'arrêter.

Quelle en peut-être la raison? Il y a une version qui explique que Khrapunov a été poussé sur la voie de la confrontation, par un parent : Mukhtar Ablyazov. Celui-ci est également un oligarque fugitif, mais peint avec les couleurs de l'opposition. Ces deux milliardaires sont affiliés par les enfants. Le fils Khrapunov, Elias est marié à la fille Ablyazova, Madina.

En dépit de ce lien parental, Khrapunov n'a pas participé à la guerre de l'information contre les autorités kazakhes déchaînées par son nouveau parent. Il était resté dans l'ombre. Mais quelque chose s'est passé et maintenant les ressources médiatiques d’Ablyazov sont devenues les tribunes pour le pensionné Suisse.

La rumeur veut qu’Ablyazov a donné aux autorités suisses des informations sur l'origine des capitaux de Krapunov. Par conséquent, un marchandage a commencé. On a fait comprendre à Khrapunov, que soit il remplissait la caisse soit les autorités compétentes viendraient le chercher.

Si c'est le cas, on ne peut dire qu’une chose, l’ancien chef de la ville a misé sur le mauvais cheval. La pratique montre que l'ouest peut être favorable jusqu’à un certain point. Il vient un temps où quant les puissants ont ce qu’ils voulaient, ils vous tournent le dos.

C’est arrivé aussi à Ablyazov. Selon des rapports récents à Londres, il a été emmené en garde à vue. Le magnat à écopé de près de deux ans de prison. Et ce n'est que pour un outrage au tribunal. Qu'est-ce qui se passera lorsque la justice britannique, sera convaincue de l’implication d’Ablyazov dans de nombreuses machinations financières?

Ablyazov a apparemment perdu la faveur de ses amis anglais, et tous ceux qui suivent ses traces subiront le même sort. Peut-être que les prisons britanniques et suisses sont proches des prisons kazakhstanaises ....

lundi 5 mars 2012

Iran : les législatives signent la fin d'Ahmadinejad

Appelé à quitter le pouvoir en 2013, le président iranien va désormais devoir faire face à une majorité hostile au Parlement.

Ce devait être un test de popularité du régime, et il n'a pas déçu. Près de 64 % des électeurs iraniens se sont déplacés vendredi pour élire les députés de leur Assemblée islamique, pour le premier vote organisé depuis la réélection controversée de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence en juin 2009, qui avait provoqué des manifestations sans précédent à travers le pays. "Le vote massif de 30 millions d'Iraniens donne une grande gifle à la figure sale et détestable de l'Occident", a affirmé dès le lendemain du scrutin le quotidien gouvernemental Iran, dans une allusion aux pressions politiques, économiques et militaires des pays occidentaux - notamment Israël - contre le programme nucléaire controversé de Téhéran. En comparaison, les dernières élections législatives, organisées en 2008, n'avaient rassemblé que 55,4 % des Iraniens.
"Le régime iranien a remporté son pari de favoriser une forte participation pour ce scrutin législatif", note un observateur bien informé de la scène politique iranienne. Cela fait en effet plusieurs semaines que les médias du pays jouent à foison sur la fibre nationaliste de la population, dans le but de montrer la "force et la détermination du peuple iranien face aux sanctions et aux menaces de frappes". Autre défi de taille pour la République islamique, surmonter l'annonce du boycott de l'opposition réformatrice "verte", exclue de la vie politique iranienne depuis juin 2009, qui a qualifié le scrutin de vendredi de "farce" électorale.

Peu de fraudes

Si la mobilisation a en effet enregistré un net recul dans les grandes villes, désespérées par la crise économique et la répression politique, cela n'a pas été le cas en province, où les couches défavorisées et moyennes ont répondu présent. Leur seul soutien peut-il expliquer ce relatif succès électoral pour les autorités iraniennes ? "Des irrégularités ont été notées dans certaines circonscriptions, où des députés battus ont dénoncé l'achat de bulletins", relève notre spécialiste. "Mais globalement, le chiffre de 64 % avancé par le régime est plausible à l'échelle nationale, même s'il a été organisé sous contrôle médiatique." L'observateur ne croit pas si bien dire. Les quelques dizaines de journalistes étrangers, exclus d'Iran depuis 2009, qui ont obtenu un visa pour couvrir le scrutin n'ont eu l'autorisation de se rendre que dans trois centres de vote de Téhéran, où ils ont été conduits en bus.
Comme prévu, c'est donc entre conservateurs que s'est joué ce nouveau scrutin. Et à ce jeu-là, ce sont les adversaires de Mahmoud Ahmadinejad qui ont tiré leur épingle du jeu. Réunis au sein du "Front uni des conservateurs", ces proches du Guide suprême iranien ont remporté une majorité de 54 % des sièges du Parlement, comme le révèle le site khabaronline, réputé proche du Parlement iranien. Cette nouvelle coalition de conservateurs modérés avait été modelée par les proches de l'ayatollah Khamenei juste avant l'élection, pour faire face aux proches du président sortant, accusé d'être membre d'un "courant déviationniste" cherchant à limiter le rôle politique du clergé chiite.

Opposition factice ?

Face à ce nouveau front, les partisans d'Ahmadinejad, unis au sein du "Front de la résistance de la révolution islamique", parti lui aussi créé à l'occasion, n'ont pas fait le poids, avec seulement 4 % des sièges, toujours selon khabaronline. Symbole de cet échec, Parvin Ahmadinejad, la soeur du président, qui se présentait pour la première fois, a été battue à Garmsar (nord), pourtant sa ville d'origine. Des 290 sièges du Majlis (Parlement, NDLR), 224 avaient été attribués lundi matin, tandis que 63 sièges devront faire l'objet d'un second tour, probablement en avril. Seul suspense, plus de 34 % des sièges ont été remportés par des candidats "indépendants" n'ayant pas bénéficié de l'appui des principales coalitions conservatrices. Mais d'après notre source, ceux-ci risquent bien, une fois entrés au Parlement, d'être absorbés par des groupes parlementaires dominants, donc opposés à Ahmadinejad. Celui-ci ne peut de toute façon pas légalement briguer de troisième mandat successif pour la présidentielle de juin 2013.
Une chose est sûre, le nouveau Majlis devrait être composé pour plus de la moitié de nouvelles figures. "C'est le début de la fin pour Ahmadinejad, car il va devoir composer, durant cette dernière année de mandat, avec une majorité hostile, qui plus est à l'écoute du Guide suprême." L'ayatollah Khamenei, représentant du Mahdi (12e imam chiite occulté, NDLR) sur terre, tenant déjà les rênes du pouvoir, cette nouvelle donne électorale ne devrait que renforcer sa mainmise sur le pays, et donc ne rien changer à l'épineux contentieux nucléaire avec l'Occident. Quant au mouvement vert, qui avait fait descendre des dizaines de milliers d'Iraniens dans les rues en 2009, il semble désormais au point mort, les réformateurs ne conservant que 19 sièges contre 60 dans la précédente Assemblée islamique.
"L'opposition réformatrice est entrée dans une phase de léthargie absolue, note notre spécialiste. Le régime a réussi à mettre sur pied une nouvelle force politique face aux conservateurs, pour l'exclure du jeu politique."
Le 05/03 par Armin Arefi sur http://www.lepoint.fr/