vendredi 16 mars 2012

Retraité suisse, ou criminel kazakh?

Avec la Suisse ces dernières années, de plus en plus de questions se posent d'une part sur le sacro saint secret bancaire et d'autre part sur la clareté du système financier. Il suffit de se rappeler du gel des fonds de comptes soupçonnés d'être liés aux anciens présidents de la Libye, de la Tunisie et de l'Egypte. De plus, les actifs de l'ancien président de la Côte d'Ivoire ont été gelés en janvier 2011 en Suisse, et plus tôt, ceux des dirigeants Nigérian et Philippin.
Alors, qu'est-ce que la Suisse ? Un Etat de droit ou un dispositif mondial de blanchiment qui ne prend de dispositions seulement lorsque le torchon brûle avec un état autoritaire? En tout état de cause, pour les résidents du pays, il est important que la Confédération maintienne sa position d'examiner soigneusement l'origine de l'enrichissement des hommes d'affaire relevant de sa juridiction.
Dans cette veine, une situation intéressante a été mise au jour avec des gens en provenance du Kazakhstan. En particulier, la famille Khrapunov se met périodiquement sous les projecteurs de la presse avec ses capitaux plutôt importants. Cet ancien fonctionnaire qui a dirigé la plus grande ville du Kazakhstan et occupé divers postes ministériels est aujourd'hui l'un des hommes les plus riches de la Confédération.
En 2009, il apparaissait dans une liste compilée par le magazine "Bilan" dans la catégorie "Construction et immobilier" avec 300 à 400 millions de francs suisses, soit environ 384 millions de dollars américains. Après un certain temps, sont apparus dans "Bilan", les prénoms des enfants Khrapunov, Ilyas et Elvira.

L'achat immobilier le plus voyant d'Elvira est une villa qui vaut 32 millions de francs suisses à Cologny, dans la banlieue chic de Genève, sur les rives du lac Léman. Or, sa seule source officielle de revenus provient d'une boutique à Genève qui  vend des bijoux espagnols de la marque Carrera y Carrera.
Le fils de l'oligarque, Ilyas Khrapunov dirige l'entreprise privée Suisse Development Group SA, qui est spécialisée dans la construction de propriétés de luxe. En particulier, il a acheté l'Hôtel du Parc près de Vevey, ainsi que l'hôtel Le Mont-Pèlerin et Chardonne dans le canton de Vaud, qu'il a converti en 24 hôtels résidenciels de luxe appelé le Kempinsky Park. En outre, il a acheté un complexe hôtelier à la station montagnarde de Saas Fe, dans le Valais.

D'autres projets plus coûteux sont en cours de mise en œuvre. L'an dernier, Ilyas Khrapunov a rencontré le chef du département de la construction à Genève, Mark Muller, à propos du projet "Ma plage". Cet homme d'affaire a proposé de transformer la plage de  Genève en lieu de villégiature de luxe, en construisant un hôtel moderne. Le coût du projet est estimé à 147 millions de francs suisses. Toutefois, selon Mark Muller, ce projet est devenu trop important et pourrait avoir un impact négatif sur l'environnement. Autrement dit, les autorités ont refusé non seulement l'investissement mais aussi la création de 500 nouveaux emplois. On se pose la question pourquoi ? Peut-être parce que Genève occupe la première place du classement des cantons Suisses ayant le moins de chômage ?
La réponse est claire. La raison concerne l'origine des capitaux de la famille Khrapunov. Ilyas Khrapunov fait valoir que l'argent est d'origine légale. Il proviendrait selon lui de la cession de la chaine de télévision privée dont sa mère, une femme d'affaire kazakhstanaise, était propriétaire. Elle a réinvesti l'argent de cette cession dans l'immobilier et dans la joaillerie.
Une autre version prétend que les capitaux de Victor Khrapunov servent les intérêts financiers des autorités du Kazakhstan en Suisse. Ce serait une hypothèse logique, si Khrapunov avait été l'ami du président de la République du Kazakhstan. Mais ce n'est pas le cas. Il suffit d'aller sur le site d'Interpol, afin de le comprendre. Une source électronique de l'organisation internationale de police indique que Victor Khrapunov est officiellement recherché par les autorités kazakhstanaises pour des accusations de fraude, de blanchiment d'argent, d'activité criminelle en bande organisée. Environ vingt affaires pénales sont en cours contre lui dans son pays d'origine ou il a été jugé par contumace. Le tribunal y a ordonné sa poursuite et son arrestation. Les média kazakhs affirment que Victor Khrapunov s'est enrichi dans la fonction publique kazakhstanaise. Puis il s'est enfui en courant avec des millions de dollars, sachant que tôt ou tard, tous ses secrets remonteront à la surface.
Dans un premier temps il s'était fait tout petit, en espérant une issue favorable. Mais quand il est devenu clair qu'il ne pouvait éviter une enquête pénale, il est devenu un adversaire acharné des autorités kazakhes.
Le site internet de Khrapunov met le doigt sur l'incohérence de la position de cet ex-fonctionnaire.  Dans un article, il écrit qu'il a déménagé en Suisse pour continuer à défendre efficacement son point de vue, y compris sous la forme d'une confrontation ouverte avec les autorités. Un autre article précise qu'il est parti du Kazakhstan parce qu'il a pris sa retraite, et a mis fin à sa carrière politique.
Personne n'y comprend plus rien. Même Khrapunov ne comprend plus le vrai du faux. Mais les autorités compétentes elles, comprendront.
Certains diraient que la Suisse s'intéresse à cet ancien fonctionnaire uniquement parce cet homme fait l'objet d'un mandat de recherche international. Mais ce n'est pas le cas, car l'intérêt de la suisse sur cette personne s'est manifesté avant. L'organisation non gouvernementale « Humanitas Helvetika », conjointement avec l'organisation « Union des Musulmans du Kazakhstan» ont créé une commission d'enquête sur les actes de Khrapunov.
Cette personne est recherchée, mais étrangement  personne ne semble bouger pour l'arrêter. Pourtant, c'est à la police que doit revenir  le dernier mot. Il ne faudrait pas qu'un tiers profite de la situation de Khrapunov à des fins politiques. Malheureusement, c'est arrivé plusieurs fois. En particulier, beaucoup de voleurs et de criminels fugitifs partis de l'ancien bloc soviétique ont déjà acheté leur liberté en Occident. Dans cette histoire, il n'est pas cohérent de mettre la Suisse en cause pour manquement à la déontologie.


 

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