jeudi 31 janvier 2013

Démélés judiciaires des Krapunov en Suisse


La Suisse semble avoir décidé de renforcer sérieusement son image internationale, en accueillant des oligarques au passé obscure souhaitant vivre dans des cantons confortables. Le clan Khrapunov est une des familles placée sous la vigilance des procureurs de Genève.

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec l'histoire de cette famille du Kazakhstan lointain, en voici une brève description. Le chef de la famille Victor Khrapunov est un ancien haut fonctionnaire qui a occupé des postes ministériels et le poste de maire de la plus grande ville du Kazakhstan Almaty. En 2008 il a fui le pays. Selon la version officielle il est en fuite, mais aujourd'hui environ deux douzaines d'affaires pénales ont été ouvertes contre l'ex-fonctionnaire. Selon Khrapunov, ses changements de résidence sont fondés par des raisons politiques. Il s'est soudainement déguisé en démocrate, et a réalisé qu'il n'est plus possible de travailler plus longtemps avec les autorités actuelles. En fait, l'explication est simple. En 2007, ce politicien de carrière a sombré. D'anciennes affaires de corruption ont commencé à émerger. M. Khrapunov a compris qu'il valait mieux prendre ses affaires et partir vivre tranquillement et sans encombre en Europe. Cependant, l'Europe ne s'est pas mise immédiatement à ses pieds. On se souviendra comment il avait vendu des réserves naturelles et augmenté ainsi son capital sans oublier d'en donner à sa famille et d'aider son épouse et son fils dans leurs affaires. Dans le langage juridique, il s'agit de détournement abusif.

Victor K. nie l'évidence. Le tabloïd suisse «Bilan» a évalué que le poids financier du Clan Khrapunov est de plus de 300 millions de francs suisses (310 millions de dollars américains). Après la publication de ces chiffres, Khrapunov se précipita pour faire des excuses. " Nous sommes bien pourvus, mais pas très riche" a dit l'ex-fonctionnaire dans une interview au journal suisse Tagen-Aizenger.

Lorsqu'on lui a demandé si ces fonds viennent de lui, modeste fonctionnaire, il a répondu qu'ils viennent de son épouse, qui a réussi dans les affaires.
Si vous l'écoutez, il aurait eu une existence misérable si sa femme n'avait été entreprenante. Après tout, quel devrait être le salaire d'un maire actuel si 300 millions de francs ne constituent par pour lui une richesse, mais simplement un niveau moyen pour son bien-être.

D'où vient l'argent de sa femme Lela Beketova-Khrapunov et des enfants qui sont censés vivre de façon autonome. Il vient des connaissances du père, et de son système de corruption. Il est difficile de croire que l'épouse de l'oligarque ait gagnée seule cet argent. Que possédait M. Khrapunov auparavant ? Il est vrai qu'elle a dirigé une chaîne de télévision privée. Cette télévision leur a vraisemblablement été profitable grâce aux droits d'auteur qui ont été détournés. En outre le porno n'avait pas encore été interdit à la diffusion

Mais ce n'est rien comparé à ce qu'il est devenu grâce à son mariage réussi avec cette femme d'affaires. Par la suite, M. Khrapunov a été nommé gouverneur de la ville d'Almaty et a créé la célèbre compagnie "Viled", qui vend des biens de luxe et des bijoux. Cette société l'a fait devenir un médiateur entre les fonctionnaires corrompus et les autorités locales. En remerciement de solutions trouvées par Mr Khrapunov à divers problèmes, des bijoux étaient achetés dans les magasins de Mme Khrapunov, puis étaient donnés en cadeau à Monsieur, qui les revendait dans la chaîne de magasin de son épouse.

Ce n'est là qu'un des nombreux épisodes de la success story de la famille Khrapunov. Citons quelques chiffres qui décrivent mieux la situation. Quand il était gouverneur, Khrapunov a saisi plus de 70 terrains et bâtiments appartenant à l'Etat, en les faisant enregistrer sur les noms d'hommes de paille. Le résultat provenant de ces opérations a été de 250 millions de dollars.

Faut-il s'étonner qu'en juillet 2011, Victor Khrapunov a été mis sur la liste internationale d'Interpol, et qu'en octobre 2012, Interpol a rajouté à cette liste de personnes recherchées, le nom de son épouse Leila. Elle est inculpée en vertu de plusieurs articles du Code pénal de la République du Kazakhstan, de fraude, de blanchiment d'argent, ainsi que pour la création et la gestion d'un groupe criminel organisé.

De plus, le parquet suisse a ouvert une affaire pénale sur le blanchiment d'argent contre d'autres membres de la famille de l'ancien maire. En particulier, le cas du fils Khrapunov Ilyas, responsable d'une société de développement est à l'étude. Il est connu comme l'auteur de Genève-Plage, projet qui est maintenant abandonné. Aujourd'hui, pour les nouveaux riches, la situation n'est pas la meilleure. Dans le cadre d'une enquête criminelle lancée par les autorités suisses les comptes de la famille Khrapunov dans les banques Crédit Suisse et Schroder & Co Banque SA ont été bloqués. Ce fait a démoralisé l'oligarque en fuite. Après tout, il était sûr de son intégrité et a même déposé une requête d'asile politique en Suisse. Un entretien donné peu de temps avant ces événements, indiquait que pour Khrapunov ces derniers ont suivi un scénario inattendu.

"Jusqu'à présent, aucune affaire pénale n'a été menée contre moi. Je suis convaincu qu'aucune procédure pénale ne sera jamais ouverte" disait l'ancien maire en se référant à la loyauté des autorités suisses envers lui. Mais apparemment, il se trompait.

Cependant, le découragement n'a pas duré longtemps. Apparemment, certaines forces ont convaincu Khrapunov de ne pas s'inquiéter en disant qu'une affaire pénale est une simple formalité. Indirectement, ce fait est confirmé dans le blog de sa femme, qui a violemment attaqué le Kazakhstan, comme si grâce à la dénonciation des autorités actuelles cette famille qui a volé des millions pouvait soudainement devenir honnête.

Leila explique que «conformément à la législation les autorités suisses devrait prendre en compte l'aide juridictionnelle pour les ressortissants de pays où les droits de l'Homme sont violés. Toutefois, cette déclaration ne doit pas être prise au sérieux. La Suisse n'a jamais rien fait sans réfléchir, et agit avec toute la rigueur nécessaire. Les autorités ont décidé de lancer l'affaire pénale, après avoir pesé tous les avantages et les inconvénients. Il y a donc des suspicions et des doutes quant à l'intégrité de la famille Khrapunov. Par ailleurs, le temps nécessaire à l'analyse de la situation était plus que suffisant pour la Confédération.

Leila Khrapunov n'est rien d'autre qu'un produit de la logique féminine, déformé par des mêmes illusions de grandeur. Jugez par vous-même : sur son blog, Leila Khrapunov dit d'elle-même qu'elle est une femme d'affaires, en parlant d'elle à la troisième personne

C'est apparemment un style familial, de penser que tout le monde est idiot, et qu'ils se situent au dessus des autres. Par exemple, sur son site internet, Khrapunov se positionne comme un "politicien, initiateur de réformes importantes, qui plaide pour une participation politique active des habitants de la République du Kazakhstan afin de prendre des décisions quant à leur avenir" et rapporte que son travail méritait le respect des résidents d'Almaty". Dans certains milieux, Khrapunov est vraiment respecté. Voler tant d'argent et sortir avec,est le rêve de tout délinquant.

Mais il ne faut pas envier trop vite Viktor Vyacheslavovich Khrapunov. Le magistrat instructeur de Genève, Jean-Bernard Schmid, est connu comme un homme intransigeant. Et bien sûr, il est très important que le procès avançe et que la Suisse puisse finalement répondre à la question de savoir qui sont les nouveaux millionnaires de la Confédération.

La réponse ne sera pas longue à venir, et les magistrats n'ont pas essayé de tromper les défenseurs en mélangeant la criminalité ordinaire à la question politique. Pour que la démocratie fonctionne, elle ne doit pas être indulgente avec les criminels.

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