lundi 11 mars 2013

Kazakhstan : l'opposition en embuscade

 

L'opposition kazakhe serre les rangs. Les analystes s'attendent à ce que prochainement, plusieurs personnalités politiques populaires dans un passé récent, mais à présent en sommeil, soient mises en avant. Parmi eux se trouve l'une des figures emblématiques du mouvement d'opposition au Kazakhstan, Galimjan Jakiyanov.

Comme la plupart des personnalités publiques au Kazakhstan, Jakiyanov est issu des rangs de l'élite politique soviétique. Dans le milieu des années 80, il a dirigé la section régionale de la Ligue des jeunes communistes qui représente la jeunesse du Parti communiste soviétique. Ensuite, en utilisant ses contacts qu'il y a établi, il prit une part active à la privatisation qui a eu lieu à l'époque de la toute nouvelle indépendance du Kazakhstan.


Sur une période extrêmement courte, Jakiyanov est passé de leader Komsomol au statut d’associé dans une des plus grande société minière, puis d'un groupe financier et industriel qui possédait un certain nombre de gisements miniers au Kazakhstan. Aujourd'hui, il affirme que sa société "a été créée à partir de zéro", même si en fait, cette société est le résultat de la fusion d'un certain nombre d'entreprises minières, privatisées pour presque rien.


Une aide considérable a bénéficié à un autre personnage célèbre au Kazakhstan, Akejan Kajegeldin qui fut premier ministre du Kazakhstan d'octobre 1994 à octobre 1997, reconnu coupable de corruption, de blanchiment d'argent, d'abus de pouvoir, il est recherché mais vit actuellement aux États-Unis. En fait, Jakiyanov est devenu l’héritier de Kajegeldin en tout point, sur le plan des affaires. Avec le soutien du premier ministre qui a privatisé massivement (et comme prouvé par la suite au tribunal, vendu presque tous les champs, les usines, et même toute l'industrie du Kazakhstan pour une bouchée de pain), Jakiyanov a fait de son entreprise, la plus grande entreprise de l'Est.


Un peu plus tard, Jakiyanov fut nommé gouverneur dans une région économiquement intéressante du Kazakhstan, où sont concentrées les usines de transformation minière et chimique. Cela lui a permis également de déplacer son patrimoine dans un environnement très favorable pour les nouveaux propriétaires. La stratégie d'achat fut la suivante : les unités de production ont été placées en faillite artificielle, pour ensuite être vendues à la «valeur résiduelle», soit au mieux à 10% de la valeur réelle des actifs. Fait intéressant, la plupart des entreprises ont été vendues à une société ou à des filiales appartenant à Jakiyanov. Une part importante des entreprises, ainsi que de nombreux équipements publics (tels que des immeubles de bureaux) ont été vendus pour une bouchée de pain aux amis de la famille du gouverneur.


A titre d'exemple, la vente illégale des actions d'État de "Sandy RMZ" (Pavlodar), à OJSC "Tort-Kuduk" a causé à l'Etat des dommages de plusieurs millions de $. Si une entreprise ne tombe pas entre ses mains, il obtient par «glissement» une part très importante du produit de cessions des activités.


Officiellement, Jakiyanov est «pauvre» car il aurait vécu exclusivement sur son salaire de fonctionnaire (gouverneur régional) qui à l'époque était inférieur à 100 $. Toutefois, les dépenses du gouverneur étaient beaucoup plus élevés que son revenu. Son fils aîné a été envoyé étudier dans un pensionnat couteux en Suisse et le gouverneur et sa famille allaient souvent se reposer dans les stations les plus chères au monde.


Entre deux gouvernorats, Jakiyanov a eu le temps de devenir le président de l'agence pour le contrôle des ressources stratégiques de la République du Kazakhstan. Celle-ci contrôlait de toutes les ressources naturelles du Kazakhstan.


Jeune politicien de carrière, il a radicalement changé en 2001 quand il s'est lui-même déclaré militant pour la démocratie et membre de l'association républicaine Choix Démocratique du Kazakhstan (CDK).

En fait, la CDK est devenu le lieu de rassemblement de ceux contre qui la police financière du Kazakhstan a commencé à trouver des cas de fraudes, de corruption et d'abus de pouvoir (les premières enquêtes sont datées des années 1997-1998). A mesure que les casiers judiciaires de chaque membre de l'organisation se remplissaient, la prétendue opposition gardienne des intérêts du peuple, s'est dite « persécutée pour des raisons politiques ».


Ainsi faisait Jakiyanov. Il s'est avéré être un membre très actif de l'opposition, indiquant une ambition de pouvoir. Il souhaitait faire mieux que son mentor et maître Akejan Kajegeldin en affichant une ambition présidentielle, mais n’est pas allé jusque là, en particulier parce qu’il s'est retrouvé en prison sur des accusations d'abus de pouvoir, de corruption etc... Par ailleurs, malgré une peine de 7 ans, Jakiyanov a été mis en liberté conditionnelle en janvier 2006, soit après 3,5 années d'emprisonnement. Il est alors devenu un symbole du martyre de l'opposition. Son nom a couvert tous les rassemblements et toutes les marches. Pendant quelques années, le slogan "Free Galymjan Jakiyanov" est devenu le slogan le plus populaire du pays. Même déclaré coupable, il entra dans le Conseil de coordination des forces démocratiques du Kazakhstan, dont il est devenu président du conseil politique.


Toutefois, une fois libre, il n’a exprimé aucune gratitude. Immédiatement après sa libération, il a pris le poste de président du Conseil d'administration de la Fondation "la société civile". Et en 2008, immédiatement après la fin légale de sa peine, il a quitté le pays.


En outre, Jakiyanov a effectivement jeté tous ceux qui « sont allés aux barricades » en son nom. Il n'est plus aussi actif sur la scène politique, ne parle plus avec des slogans ou des appels, ne fait aucun commentaire sur les événements dans le pays. Il s'est mis en retrait. Mais entre temps, il a développé des affaires avec un autre collègue de l'opposition, ancien membre du Parlement du Kazakhstan, Tholen Tokhtasynov (qui a aussi été impliqué dans des affaires criminelles sur des accusations de corruption). Jakiyanov s'est lancé dans le secteur minier en Mongolie, puis dans les mines de charbon en Chine.


Aux États-Unis, où il a déménagé avec sa famille en 2008, Jakiyanov est resté tranquille. Seulement, au cours des six derniers mois, il est devenu plus actif. Après son admission au programme du MBA de l'Institut de Technologie du Massachusetts, il a dit que ses ambitions politiques ne sont pas éteintes. "Je n'exclus pas un retour à la politique. Maintenant j'étudie, j'apprends, des matières qui sont d'une façon ou d'une autre liées à l'économie et à la politique",  a t-il dit dans une interview.

Cependant, au cours des douze derniers mois, on note une montée de l'activité de l'opposition au Kazakhstan. Ceci est dû en partie aux scandales de corruption en cours, très médiatisées car liés aux noms des hauts fonctionnaires (dont la plupart vient de l'équipe de l'ex-premier ministre Akejan Kajegeldin), et à l'augmentation des troubles sociaux dans le pays. D'une part, il existe un ressentiment causé par un certain nombre de processus économiques qui se déroulent dans l'ex-Union soviétique (y compris la création de l'union douanière). D'autre part, c'est le résultat d'un scénario abondamment financé par Mukhtar Ablyazov, un autre fugitif du Kazakhstan.


Dans tous les cas, l'affaiblissement général du contrôle de la situation par le gouvernement actuel devrait prochainement faire émerger plusieurs personnalités oubliées de l'opposition sur la scène politique. Jakiyanov pourrait devenir une personnalité de la «renaissance» des «forces démocratiques» du pays. Il pourrait même tenir un rôle de chef de file d'une nouvelle «révolution».

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