mardi 26 mars 2013

Le nouveau visage de l'opposition

L’opposition kazakhe se dirige pas à pas vers une phase de confrontation d’ordre financier avec les autorités. La plupart des opposants au gouvernement actuel sont actuellement à l'étranger, préférant financer à distance les manifestations qui ont lieu dans le pays. Presque tous les leaders de l'opposition connus ont été reconnus coupables de crimes graves par la justice kazakhe (par contumace), ou font actuellement l’objet d’une enquête.

Ces dernières années, le Kazakhstan a mis en lumière un ensemble de scandales de corruption de grande envergure. Souvent, les personnes impliquées sont connues aujourd'hui comme des adversaires déclarés du gouvernement actuel. Plus précisément, la plupart du temps afin d'éviter la justice ils se considèrent comme des combattants zélés pour la démocratie au Kazakhstan. Parmi eux, certains sont condamnés à de nombreuses années d’emprisonnement pour fraude, corruption, assassinats. Ils sont d’anciens hauts fonctionnaires, des hommes d'affaires et des politiciens de toutes allégeances.

L'un des plus célèbres dans cette liste est Mukhtar Ablyazov qui est l’un des escrocs à succès les plus connus dans le monde. Il est le seul au Kazakhstan à avoir réussi à sortir de la BTA Bank, environ 6 milliards d’USD. Aujourd'hui, il est poursuivi par la justice de plusieurs pays de la CEI (BTA Bank opère en Russie, Ukraine, Géorgie…) et de la Grande-Bretagne, et se cache dans l'un des pays d'Europe.

Aujourd'hui, comme la plupart de ceux qui se cachent hors du Kazakhstan, Ablyazov se positionne comme un ardent opposant au pouvoir actuel de la République du Kazakhstan. Il ne se contente pas de donner des interviews à propos de sa propre position démocratique, il finance également la protestation sociale dans le pays. En décembre 2011, des affrontements entre des travailleurs de l’ouest du Kazakhstan et la police, ont fait des dizaines de morts parmi les civils. Cet événement a été précédé par une grève de 7 mois de plusieurs centaines de travailleurs de l'une des plus grandes compagnies pétrolières du pays, pour réclamer des augmentations de salaires et ... le changement du pouvoir.

Les négociations avec les travailleurs n’ont pas abouties. Il s'est avéré que les travailleurs ont été «alimentés» par le  « mouvement d'opposition » qui n’existait que grâce aux financements d’Ablyazov.

Après que les voies de financement des émeutes aient été découvertes (il en est de même pour les conflits de travail et les revendications politiques) aujourd'hui Ablyazov cherche de nouvelles voies de financement pour ses actions au Kazakhstan.

Apparemment, dans un avenir proche une nouvelle personnalité sera mise en avant. Il s'agit d'un associé de longue date d’Ablyazov sur la scène politique, ancien député du parlement kazakh, Tholen Tokhtasynov.

Tokhtasynov est connu au Kazakhstan comme l'un des fondateurs du mouvement "Choix Démocratique du Kazakhstan". Fondé en 2001, le CDK est devenu une sorte de "forge" des cadres de l’opposition dans le pays. Cependant, la plupart d'entre eux ont été, d'une manière ou d'une autre, impliqués dans des scandales de corruption qui ont fait grand bruit. En fait, presque tous les dirigeants de la CDK proviennent de la haute fonction publique, ou sont des représentants de grandes entreprises.

Il est intéressant de constater que pendant une phase de tumulte dans l’ « opposition », Tokhtasynov a changer le «leader». Il était d'abord connu comme un proche collaborateur d'un autre fameux opposant du pays, Galymjan Jakiyanov (condamné en 2002 à sept ans de prison pour abus de pouvoir en tant que gouverneur de l'une des régions Kazakhstan, en 2006, il jouit d’une libération conditionnelle, en 2012 il part du Kazakhstan et emménage aux États-Unis. Après sa libération, il ne s’est plus occupé de politique). Mais après l’arrestation de celui-ci, Tokhtasynov s’est placé sous l’aile du leader du CDK, Ablyazov.

En fait, Tokhtasynov est très lié à Ablyazov. Toutefois, ils s’affirment de façons très différentes dans les affaires dès le début des années 90. Élèves du même âge, leur caractère est très semblable : le principe fondamental de leur état d’esprit est que peu importe ce qu'il faut faire, l'essentiel est de contourner les lois. Dans les années 90 et au début des années 2000, il a fait des affaires avec l’alcool (un partenaire dans les affaires avec Jakiyanov), l'or, l'industrie du cuir ... Ainsi, Tokhtasynov est une personnalité très charismatique, populiste, devenu utile à Ablyazov : il l'a représenté au Parlement du Kazakhstan et exprimé ses idées dans les médias. Et bientôt, on l’a fait entré au Comité central du Parti communiste du Kazakhstan (dans le milieu des années 90, parti financé par Ablyazov), ce qui a été perçu négativement par les membres du parti. Ce changement a conduit à une scission au sein du parti en deux camps distincts, ce qui a grandement miné la crédibilité des communistes et les investissements d’Ablyazov au sein du PCC ont perdu leur valeur ainsi que leur force politique.

Cependant, Tokhtasynov n’a pas réussi à garder longtemps une image d’ « homme d'affaires honnête se souciant de la démocratie ». En 2008, le Kazakhstan a ouvert une enquête criminelle sur les "frères Baysakov" accusés du meurtre d'un homme d’affaires. La version du jugement est que l'ex-député s’était chargé de couvrir le crime. Après un tel ensemble de circonstances Tokhtasynov, sans trop réfléchir a suivi le chemin de tous les autres membres de l’opposition kazakhe et a fuit le pays. Contrairement à ses collègues, il n'est pas parti en Europe, mais en Mongolie.

Comme il l'a déclaré dans une interview six mois après sa fuite, il est allé en Mongolie "pour des raisons purement personnelles, afin d’améliorer sa santé ... et être traité par une médecine traditionnelle. Mais, apparemment, la santé de l’ancien parlementaire fugitif est vraiment triste car cinq ans plus tard, Tokhtasynov n’est pas pressé de rentrer chez lui.

Mais, en même temps et jusqu'à récemment, il était en contacts étroit avec le reste des partisans d’Ablyazov, dont le leader récemment condamné du mouvement d'opposition "Alga", Vladimir Kozlov (il a été accusé d'implication dans fomentation de la discorde sociale de Décembre 2011 dans l'ouest du Kazakhstan). Il est resté dans l’ombre, ce qui toutefois, n'exclut pas la possibilité de son retour sur la scène politique. Il est possible qu'il soit dans un avenir très proche, l'acteur principal du transfert de l'argent d’Ablyazov au Kazakhstan.

Par ailleurs, ces dernières années, Tokhtasynov a soutenu (quoique de façon non officielle) l’un des immigrants kazakhs les plus célèbres, l'ancien Premier ministre du Kazakhstan Akejan Kajegeldin. En son temps, il fut le principal bailleur de l'opposition kazakhe. Aujourd'hui il est connu pour ses tentatives (infructueuses) visant à combiner l'opposition au pouvoir actuel. Cependant, il faut tenir compte de la quantité de hauts fonctionnaires kazakhstanais qui s’accumule en Europe, accusés de corruption ou de fraude qui se déclare dans l’«opposition». La plupart d'entre eux sont disposés à allouer une partie des fonds provenant du Kazakhstan pour contrer la campagne présidentielle de clôturer leurs dossiers relatifs à leurs affaires criminelles. Dans ces circonstances, le projet de Kajegeldin d’initier une « opposition kazakhe unique » peut réussir. Tokhtasynov pourrait bien être de retour au Kazakhstan, pour être un émissaire de la nouvelle force d’opposition. Heureusement, l’année dernière, il ne s'est pas montré avec les célèbres escrocs kazakhs, de sorte qu'il peut devenir le "nouveau visage de l'opposition" pour la conscience publique.

 

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