mercredi 24 avril 2013

Ce Valais qui résiste à Jean-Marie Fournier

Le projet du promoteur au pied de la piste de l’Ours rencontre plusieurs difficultés et son premier partenaire financier est sous enquête pour blanchiment d’argent. Salins n’avait pas cédé aux volontés du promoteur à la veille de sa fusion avec Sion. Aujourd’hui, c’est la capitale qui tient tête à Jean-Marie Fournier et s’oppose à sa télécabine.

 

Le soir où l’initiative Weber a été acceptée, Jean-Marie Fournier se consolait en pensant à son vaste projet immobilier au pied de la piste de l’Ours, sur la commune de Salins. Parce qu’après la fusion entre Sion et Salins en janvier 2013, cette zone n’allait pas dépasser la limite des 20% de résidences secondaires fixée par la loi. Le promoteur rêvait de 1500 lits, dont la moitié hôteliers, aux Mayens-de-l’Ours, pour l’instant dépourvus de toute infrastructure immobilière. Financé en partie par la vente de résidences secondaires, le tout devrait coûter quelque 110 millions de francs d’investissement, décrivent les autorités communales qui ont vu le projet l’an dernier.

 

Mais la future station rencontre une multitude de difficultés. Le plus souvent liées aux méthodes un peu «cow-boy» du promoteur immobilier de Veysonnaz. Mais aussi parce que l’investisseur, présenté aux autorités communales l’an dernier, est aujour- d’hui sous enquête pour blanchiment d’argent.

 

Le PDC valaisan avait choisi comme partenaire Swissdevelopment Group, une société financée par le Genevois d’adoption et PDC Iliyas Khrapunov. Originaire du Kazakhstan, ce dernier a fondé une holding en mai 2009, Swiss Development Group Capital, avec 10 millions de francs issus de la fortune familiale. Cette holding possède cinq sociétés spécialisées dans l’immobilier dont Swissdevelopment Group, qui a financé notamment la construction du spa «51 degrees» à Loèche-les-Bains. Mais en juin 2012, Iliyas Khrapunov quitte la présidence de Swiss Development Group Capital SA. Et en décembre 2012, la RTS révèle que la famille Khrapunov est sous enquête pour blanchiment d’argent. Le parquet genevois a accédé à une demande d’entraide judiciaire des autorités kazakhes qui concerne les parents d’Iliyas et leurs deux enfants.

 

Swissdevelopment n’a pas souhaité répondre aux questions du Temps quant à son financement depuis les déboires des Khrapunov. Il y a dix jours, elle annonçait dans un communiqué avoir été rachetée par le propriétaire de la Clinique des Grangettes à Genève, Philippe Glatz, également fondateur d’un hôpital et d’une entreprise au Brésil. Parmi les membres de la direction, on trouve notamment deux anciens dirigeants d’Intrawest Corporation, une société canadienne qui, juste avant de faire faillite, devait investir aux Mayens-de-Bruson, un projet de village touristique en face de Verbier.

 

Alors que le projet des Mayens-de-l’Ours – dessiné et présenté par Swissdevelopment Group aux autorités communales l’année dernière – était déjà bien avancé, aucune mise à l’enquête n’a été réalisée pour l’instant. Swissdevelopment Group ne souhaite pas s’exprimer sur ce projet, «parce que des discussions sont en cours». Jean-Marie Fournier cherche-t-il de nouveaux investisseurs? Il ne souhaite pas plus s’exprimer pour l’instant.

 

Lors de la dernière assemblée primaire de Salins, juste avant sa fusion avec Sion, l’ordre du jour prévoyait le vote sur une modification du plan de zone du pied de la piste de l’Ours. La région est classée en zone touristique depuis 2009 mais Jean-Marie Fournier espérait y apporter quelques modifications lui épargnant certaines négociations avec l’aménagement du territoire de la capitale, présidée par Marcel Maurer, un PLR qui n’hésite pas à lui tenir tête. Le nouveau plan de zone devait essentiellement réduire les espaces réglementaires entre les bâtiments et supprimer la nécessité d’élaborer un plan de quartier. Mais au dernier moment, Salins n’a pas traité ce point de l’ordre du jour, renvoyant la décision à après la fusion avec Sion. Et donc aux services de la capitale.

 

«Nous avons donné un préavis sur le projet il y a environ une année», explique le président de Sion, Marcel Maurer. «Il est intéressant, mais il ne respecte pas les règles de la zone en termes de densité, notamment. C’est pourquoi nous avons fait savoir à Jean-Marie Fournier qu’il devait élaborer un plan de quartier non conforme, en partenariat avec le Service sédunois de l’édilité. C’est le meilleur outil légal pour modifier les règles d’une zone à bâtir et en offrir une vision globale.» Dans les coulisses, on décrit un Jean-Marie Fournier furibard de cette première résistance.

 

Mais elle n’est pas la seule. La télécabine de la piste de l’Ours, petite et vieillotte, arrive au terme de sa concession. Téléveysonnaz, dont l’actionnaire majoritaire est Jean-Marie Fournier, vient de mettre à l’enquête une nouvelle concession. «Il s’agit de construire une télécabine 10 places pour quelque 12 millions de francs», explique Nicolas Rossier, l’ancien président de Salins. Mais il y a une dizaine de jours, la Ville de Sion et la bourgeoisie ont déposé des oppositions à son projet.

 

«Nous voulons un développement harmonieux du cône de Thyon», explique Antoine de Lavallaz, président de la bourgeoisie de Sion, laquelle est propriétaire de la majeure partie des terrains de la piste de l’Ours. L’opposition a pour but premier d’asseoir Jean-Marie Fournier à la table des négociations. Ville et bourgeoisie souhaitent un développement concerté et notamment un projet de télécabine qui soit compatible avec une éventuelle liaison avec la plaine. Les premières interventions de Marcel Maurer à propos du projet touristique de Salins mettaient déjà en avant cette idée d’une télécabine qui relierait Sion au sommet de la piste de l’Ours, dans une perspective de développement durable et de mobilité efficace.

 

Mais ce n’est pas la seule question à laquelle Jean-Marie Fournier devra répondre. Depuis deux ans, il n’existe plus de convention entre la bourgeoisie de Sion et Téléveysonnaz au sujet de l’utilisation des terrains de la piste de l’Ours. «Téléveysonnaz s’y oppose», explique Antoine de Lavallaz. La nouvelle concession proposée par la bourgeoisie incluait le paiement d’un loyer et l’inscription d’une garantie d’accès à la piste de l’Ours pour le domaine des «4 Vallées», constitué de Thyon, Veysonnaz, Nendaz et Verbier. Cette dernière clause avait fait bondir Jean-Marie Fournier.

 

Fin 2012, il dénonce d’ailleurs la convention des «4 Vallées». «Son retrait montre que nous avions raison de vouloir en garantir l’accès dans notre convention», note Antoine de Lavallaz. Pour un observateur qui connaît bien les multiples querelles entre les différentes sociétés des «4 Vallées», le but de Jean-Marie Fournier est de faire pression sur Télé-Thyon pour que la société accepte un nouveau mode de répartition de ses recettes.

 

C’est au pied de cette télécabine, devenue le levier d’une discorde beaucoup plus vaste, que Jean-Marie Fournier veut construire son village de vacances. Sur des terrains qui appartiennent eux aussi à la bourgeoisie de Sion. Un accord de vente a été conclu il y a trois ans et échoit en mai 2013. Un moyen de pression supplémentaire pour faire plier le promoteur? Cerné de toutes parts, celui-ci pourrait, cette fois, ne pas avoir d’autre choix que de se conformer aux volontés de ses partenaires.

 

Par Marie Parvex sur www.letemps.ch le 05/04/2013

 

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