jeudi 6 juin 2013

Extradition de la famille d'Ablyazov vers le Kazakhstan

L’affaire de l’ancien banquier fugitif kazakh Mukhtar Ablyazov prend une nouvelle tournure. Ablyazov a accusé le gouvernement du Kazakhstan d’avoir enlevé sa famille en provenance d'Italie. Rome a affirmé que la famille du banquier fugitif a vécu dans le pays avec de faux documents.

Récemment, dans une page de Mukhtar Ablyazov sur «Facebook» un message s'est affiché et a instantanément excité le public kazakh. Ablyazov a affirmé que l'enlèvement de sa famille est un « acte de terrorisme et une prise d’otage".


Le principal accusé, selon Ablyazov, sont les autorités kazakhes. Une telle réponse n'est pas surprenante. Dans les anciens pays soviétiques, il est habituel d’accuser les chefs d’États de tous les maux. Surtout quand il s'agit de procédures judiciaires incriminant des fraudeurs fugitifs, qu'ils soient hommes d'affaires, oligarques, ou fonctionnaires corrompus.


Mukhtar Ablyazov est connu pour avoir détourné illégalement plus de 6 milliards de dollars de la Banque BTA, la plus grande banque commerciale du Kazakhstan (Selon certains rapports, ce montant atteindrait 10 milliards de dollars). La plus grande partie des fonds provenant de la fraude, est sortie du pays par l’intermédiaire de sociétés offshores. Le Kazakhstan n’est pas la seule victime de ce stratagème frauduleux, il y a aussi la Russie et l'Ukraine, où la banque travaillait activement.


Peu de temps avant l'accusation de crimes financiers contre Ablyazov, il s'enfuit à Londres. Il se présente « traditionnellement » comme un «héros de la démocratie» et se déclare membre de l’opposition contre les autorités actuelles du Kazakhstan. En particulier, il s’est montré plus fortement du coté de l’opposition après l'annonce du jugement par contumace dans sa patrie, qui l’a condamné à une longue peine de prison pour fraude.


Plusieurs années durant, les procureurs des pays d'Asie centrale ont fait valoir devant le tribunal britannique, qu’Ablyazov est un fraudeur, afin de le faire extrader vers le Kazakhstan. Cette année, la Haute Cour de Londres a autorisé en faveur de la BTA Bank, d’ouvrir plusieurs procès à l’encontre des anciens chefs de la banque. Selon eux, Ablyazov sera prélevé de 2,1 milliards de dollars, plus les intérêts (la banque est en procès afin d'obtenir 1,5 milliard de dollars supplémentaire). Avec les anciens complices d’Ablyazov qui se cachent aussi à l'étranger, environ 2 milliards de dollars seront recueillis. A présent, les avocats britanniques sont activement engagés dans la recherche des fonds volés au Kazakhstan. Certains d'entre eux ont déjà été trouvés dans des comptes offshore, certains sous la forme de biens immobiliers, lesquels sont maintenant en vente.


Mukhtar Ablyazov a vite compris que la Haute Cour de Londres se penchait dans le sens de sa culpabilité, lui-même se pencha sur sa fuite. Personne ne sait où il se trouve actuellement, malgré le fait qu'il a été mis sur la liste internationale des personnes recherchées.


Cependant, sa famille vivait jusqu'à récemment dans la banlieue de Rome, et son emplacement était connu de tous.


Selon Ablyazov, « le 29 mai à 04h30 dans la banlieue de Rome, on a attaqué ma maison, où vivait mon épouse Alma avec notre fille de six ans Alois. Une trentaine de policiers armés ont fait irruption dans la maison ... sans aucune charge ou mandat de perquisition, Alma a été emmené vers une destination inconnue ... le 31 mai les policiers sont revenus à la maison, où ma fille était gardée par de la famille, et l’on prise de force sans explication. Dans la soirée, les avocats ont appris qu’Alma et sa fille seront extradées vers le Kazakhstan. Ma femme et ma fille étaient légalement en Italie. Cependant, les avocats ont dit que la décision d’extradition vient d’un juge italien ».


Ablyazov, et plus tard, sa fille aînée, ont déclaré que de cette expulsion est illégale, et que tout cela est de le fait des autorités kazakhes.


Cependant quelques heures après les déclarations, il est devenu clair que l'extradition était tout à fait légitime, et que la famille de l'ex-chef de la Banque BTA a été extradée d'Italie vers le Kazakhstan sur l’initiative de puissances étrangères.

«La section consulaire de l'ambassade du Kazakhstan en Italie a délivré des certificats de retour à la République du Kazakhstan pour les citoyennes Alma Shalabaeva et Alois Ablyazova. Les témoignages ont été recueillis par les autorités italiennes, qui ont déclaré que ces citoyennes ont été extradées au Kazakhstan en raison de violations de la législation de la République d'Italie".


La violation relevait du fait que sa femme et sa fille vivaient en Italie avec de faux passeports de la République centrafricaine.


Mais c'est une autre question que de savoir quel niveau dans ce pays africain a été corrompu par Abliazov. Comme vous le savez, un autre fugitif Kazakh, Rakhat Aliyev, a été aussi impliqué dans une affaire de faux documents. Plus précisément, avec l’aide de dessous de table importants, il a reçu un passeport européen des mains des fonctionnaires autrichiens. Et pendant de nombreuses années, les justices de plusieurs pays européens ne se sont pas interrogées  au sujet de la légalité du séjour d’Aliyev dans l'UE.


Jusqu'au moment de la décision de la cour de Londres, lui et sa famille ont vécu sans problème dans l'UE. Cependant, depuis l’ouverture de son affaire, les avocats de Londres ont découverts la vérité au sujet de la «qualité» des passeports de sa famille.


Dans cette situation, légalement, la police italienne ne pouvaient pas faire autrement que d'expulser ces ressortissants d'un autre Etat. C’est ce qui a été fait.


Actuellement la conjointe d’ Ablyazov et sa fille sont à Almaty (plus grande ville du Kazakhstan) avec leurs proches. Ils ne sont pas détenus par les autorités et ne sont pas «sous contrôle». Et surtout elles ne sont pas otages, contrairement aux accusations proférées par Ablyazov. Ce qui n’était pas le cas, lorsqu’elles étaient avec leur père et mai, lequel est un escroc connu et un fraudeur.


Il ne fait aucun doute que dans un proche avenir Ablyazov se plaindra à plusieurs reprises de «persécutions politiques» sur lui et sa famille, en essayant de se cacher, et en cachant  les fonds dans l’ombre. Il clamera que les autorités kazakhes sont  «antidémocratiques» et mettent la pression sur l'opposition. Il est possible qu'il fera une autre tentative pour monter (ou au moins financer) une révolte populaire au Kazakhstan (comme cela s'est produit à l'hiver 2011 dans la ville de Janaozen dans la partie occidentale du pays). Toutefois, étant donné qu’aujourd'hui, des enquêtes sur ses projets financiers frauduleux sont en cours non seulement au Kazakhstan, mais également par des enquêteurs européens, il est peu probable qu’il continue longtemps à se présenter comme un membre exceptionnellement honnête de l’opposition.

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