lundi 17 juin 2013

Réchauffement des relations entre le Kazakhstan et l'Ouzbékistan

Les voisins régionaux, Islam Karimov et Noursoultan Nazarbaïev, font preuve de plus de compréhension et de soutien l’un envers l'autre, et reconnaissent plus en plus leur interdépendance et la nécessité urgente de renforcer leur coopération. Dans le cadre du  réchauffement actuel des relations bilatérales, des visites à Tashkent (en 2010) et Astana (en 2012) ont eu lieu « à grande pompe » par les Présidents du Kazakhstan puis de l'Ouzbékistan. Lors de la dernière réunion, M. Nazarbaïev a déclaré: « Les différences sont  du passé. Aujourd'hui, entre nos pays, s’établit une relation très proche faisant pousser à  tous un soupir de soulagement ».


De récents rapports de presse n'ont fait qu'ajouter de l’espoir en précisant qu’en juin de cette année, il est prévu une nouvelle visite en Ouzbékistan du président du Kazakhstan Noursoultan Nazarbaïev. Au printemps de cette année, Tachkent a accueilli une réunion ministérielle pour la préparation de la rencontre entre les deux présidents. En examinant à la loupe la réunion des deux présidents à Astana en automne 2012, nous pouvons voir que le ton a changé : le chef de l’Etat de l'Ouzbékistan a remercié la partie kazakhe pour son accueil chaleureux. Dans son discours, il a tout d'abord exprimé sa grande satisfaction des entretiens fructueux qu’il a eu avec le président Nazarbaïev. « Cela fait longtemps qu’il n'y a pas eu de discussions franches entre nous, ni d’échanges de vues sur presque toutes les questions qui nous intéressent. Je me suis senti un grand besoin d'une telle rencontre amicale et d’une conversation si détaillée », a dit Islam Karimov.


« Sur toutes les questions abordées, nous avons atteint un accord mutuel et confirmé la volonté de travailler ensemble pour résoudre les problèmes auxquels nous sommes confrontés. Je crois que c'est le résultat le plus important de nos rencontres et de nos négociations », a noté en privé le président de la République après une rencontre.


Le président du Kazakhstan, n’est pas en reste : « Nous envisageons l'Ouzbékistan comme un bon voisin et un partenaire stratégique en Asie centrale. Le Kazakhstan est ouvert et cherche à avoir des liens plus étroits avec l'Ouzbékistan. Je tiens à remercier les membres des gouvernements des deux côtés, qui de nos jours ont résolu de nombreux problèmes qui depuis longtemps n’avaient pas trouvé de solutions. Après l’annonce de notre rencontre et de nos décisions relatives aux questions de l'eau, de l'électricité, des transports et des frontières, tous ont poussé un soupir de soulagement car nos deux pays ont établi une relation plus étroite au bénéfice de nos peuples », a dit le président Nazarbaïev.


Les parties dans cette affaire ont noté que grâce à des efforts conjoints, la région d'Asie centrale peut faire beaucoup pour devenir un pont de transit. « De nos efforts communs dépendent la sécurité et la stabilité en Asie centrale. Nous avons l'intention d'élargir la coopération pour lutter contre les menaces dans des organisations multilatérales et des relations bilatérales transnationales », a exprimé le chef du Kazakhstan.


Comme on peut le voir, après avoir mis à l’écart leurs ambitions, s’être traité avec respect, et enfin écouter les uns les autres, ces chefs d’Etat ont compris que ce n'est qu'en unissant leurs efforts, que le Kazakhstan et l'Ouzbékistan pourront devenir des locomotives pour la résolution des problèmes de prospérité économique et de sécurité en Asie centrale qui se sont accumulés au fil d’années de conflit. A cette fin, le Kazakhstan et l'Ouzbékistan ont réuni toutes les conditions.


En particulier, les économies de l'Ouzbékistan et du Kazakhstan sont les plus importantes de l'Asie centrale. Leur PIB est beaucoup plus grand que celui des autres pays de la région, le Turkménistan, le Tadjikistan et le Kirghizistan. Sur le plan démographique, le Kazakhstan (17 millions d’habitants) et l'Ouzbékistan (environ 30 millions d'habitants) sont également significativement supérieurs aux autres Républiques. La population de ces deux pays représente près de 80% de la population de toute l'Asie centrale. Le Kazakhstan et l'Ouzbékistan dominent cette région également par la taille de leur territoire. En outre, ils disposent des armées les plus puissantes et des ressources énergétiques les plus importantes en pétrole, gaz et uranium.


Par conséquent, ils pourraient travailler ensemble pour résoudre les problèmes de la région et servir d’acteur majeur pour la question de l'intégration régionale en Asie centrale. Leur rôle est comparable à celui de l'Allemagne et de la France dans le processus d'intégration européenne.

 

Les nombreux experts, politologues et journalistes qui ont examiné la visite du Président de l'Ouzbékistan au Kazakhstan et le ton de la communication des deux Etats estiment que l’eau constitue un intérêt commun pour les présidents Karimov et Nazarbaïev.


En effet, le débat sur le mécanisme d'utilisation conjointe des ressources d’eau et de l'énergie en Asie centrale et la revitalisation du Fonds international pour sauver la mer d'Aral, a été le sujet principal de la réunion à Astana. Karimov a longtemps tiré la sonnette d'alarme sur les plans de construction des barrages Kambaratinskaya (Kirghizistan) et Rogun (Tadjikistan) dans une zone à risque sismique située dans la partie supérieure de l'Amou-Daria et du Syr Darya. Ces projets pourraient menacer de pénuries d'eau les économies en aval.  Pour résoudre ce problème, Karimov a trouvé un écho, voire un allié dans la personne de Nazarbaïev. En 2010 à Tachkent, le président du Kazakhstan a surpris de nombreuses personnes en prenant ouvertement position au coté de l'Ouzbékistan sur la question de l’eau. Sans cela, Karimov n’aurait pas fait un discours aussi long à Astana, soit près de 20 minutes.


Cependant, l'unisson des chefs d'Etat à Astana peut être considéré comme un signal selon lequel le Kazakhstan et l'Ouzbékistan sont prêts à se soutenir mutuellement sur d'autres questions non moins importantes. De facto, chaque pas des deux parties vers le respect et la compréhension mutuelle peut sans doute conduire à de nouvelles mesures.


Ces Républiques ont un intérêt commun à la résolution de la catastrophe écologique dans la région de la mer d'Aral, des problèmes de l'extrémisme religieux, de la propagation agressive de la drogue, du crime organisé, ainsi que du transport et du transit de l'énergie, de la nourriture et d'autres produits.


Une mention spéciale mérite l’attention, la similitude des positions des deux dirigeants sur la question afghane. Les deux parties sont profondément préoccupées par la façon dont la situation évoluera en 2014, lorsque les Américains quitteront l'Afghanistan. Karimov aujourd'hui reconnaît qu'étant donné que les grandes puissances de ce monde ne représentent pas nécessairement les intérêts de l’Asie centrale, l'élaboration d'approches communes du Kazakhstan et de l'Ouzbékistan est particulièrement importante.


«De nos efforts mutuels dépendent en grande partie la sécurité et la stabilité en Asie centrale, et nous avons l'intention d'élargir la coopération dans la lutte contre les menaces et défis transnationaux, tant dans le cadre des organisations multilatérales, qu’au niveau bilatéral. Je voudrais parler de la volonté mutuelle d'approfondir le partenariat stratégique pour le bénéfice des peuples du Kazakhstan et de l'Ouzbékistan ", fait écho à une réunion à Astana, M. Nazarbaïev.


Cela confirme la viabilité de l'affirmation selon laquelle l'union économique et politique de l'Ouzbékistan et du Kazakhstan, sous une forme ou une autre est inévitable, peu importe la réaction des «sympathisants» de l’opposition. C'est seulement une question de temps, comme en témoigne l'histoire commune des peuples connexes. Comme disent les sceptiques, le récent dégel des relations entre les deux chefs d’Etats donne des raisons d'espérer qu'une telle union se fera plus tôt que beaucoup de gens ne le pensent.

 

 

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