vendredi 23 août 2013

Ablyazov sera extradé ... mais où ?

L'enquête autour des manigances de l'ancien banquier kazakh Mukhtar Ablyazov continue. Il a été arrêté en France à la demande de la partie ukrainienne. Toutefois, se pose la question de sa recherche par un certain nombre de pays, dont le Kazakhstan et la Russie. Les réclamations contre l'ancien chef de la Banque BTA viennent également d’investisseurs internationaux, dont plusieurs grandes banques en France.

La liste des victimes de Mukhtar Ablyazov s’étale sur plusieurs pages. Parmi les grandes institutions financières qui ont perdu des millions de fonds se trouvent les banques françaises «BNP Paribas», «Société Générale», «BRED Banque Populaire» et «Crédit Agricole». Au total, selon les estimations d'un certain nombre de chercheurs, le montant total des dégâts infligés aux prêteurs du monde entier serait de plus de 6 milliards de dollars.


Aujourd'hui Mukhtar Ablyazov peut être considéré comme l’un des plus grands manipulateurs financiers du monde. A titre de comparaison, Bernard Madoff a pu détourner à travers les hedge funds 65 milliards. Mais il l'a fait en plus de 25 ans. Ablyazov en a détourné moins mais dans une période de cinq ans.


Actuellement, la Cour française se prononce sur la possibilité d’extrader Ablyazov. Très probablement, cela n'arrivera pas avant le printemps prochain, et il pourrait être extradé vers l'Ukraine car la France a reçu une demande de Kiev. Cependant, l'ex-banquier intéresse aussi la Russie, le Kazakhstan et le Royaume-Uni, où Ablyazov a été condamné à 22 mois de prison.


Soit dit en passant, c'est le jugement britannique qui a forcé Paris à prendre la décision d'arrêter l'ex-banquier. « Ablyazov a non seulement refusé d'appliquer les arrêts de la Haute Cour de Londres, mais il a fui le pays et donc prouvé qu'il est une personne qu’il n'est pas recommandé de laisser en liberté étant donné la forte probabilité qu'il cherchera à échapper à la justice », a déclaré récemment Paul Prosyankin, un membre du conseil d'administration de BTA Bank.


Compte tenu du nombre de personnes prêtes à mettre en prison l'ex-banquier, l’organisation internationale relative aux droits de l’Homme, Human Rights Watch (HRW) a appelé les autorités françaises à ne pas extrader Ablyazov à Astana, en déclarant que le banquier est « reconnu comme un réfugié ».


En effet, deux ans auparavant, la Grande-Bretagne a accordé l'asile politique à Ablyazov. Cependant, cet asile lui a été accordé longtemps avant que les procédures pour fraudes soient ouvertes à Londres. Au cours de l'année écoulée, les tribunaux britanniques ont adopté un certain nombre de décisions pour un remboursement d'environ 3,7 milliards de dollars à la BTA au Kazakhstan. En fait, tous les avoirs d’Ablyazov au Royaume-Uni ont été bloqués.


Compte tenu des récents événements et la décision de la Haute Cour de Londres d’arrêter Ablyazov, la Grande-Bretagne pourrait bien demander l'extradition du banquier vers elle. Mais il faudrait revoir le statut de réfugié politique.


Il y a encore une nuance. Le statut de réfugié politique a été accordé à Ablyazov après ses déclarations relatives à sa motivation politique et son opposition directe et personnelle aux autorités kazakhes. Cependant le tribunal anglais a rejeté les arguments d’Ablyazov selon lesquels les exigences de la banque contre lui sont politiquement motivées ( les accusations formulées par le Kazakhstan à Ablyazov, proviennent des exigences de la Banque BTA).


Cependant, Ablyazov n’est pas le premier à réaliser des opérations politiques afin de couvrir une fraude financière. Une position similaire est maintenant partagée par un certain nombre d'autres anciens hauts fonctionnaires ou chefs d'entreprise qui ont fui le pays par crainte d'être arrêtés pour corruption ou fraude.


Ainsi, le plus célèbre d'entre eux est maintenant l'ex-ambassadeur du Kazakhstan en Autriche Rakhat Aliev. Des enquêtes sont en cours contre lui (et sa famille) non seulement au Kazakhstan, mais aussi dans un certain nombre d'autres pays (y compris européens). L’objet de ces enquêtes est le même, des milliards de dollars de fonds blanchis, sortis illégalement du Kazakhstan et déposés en Europe. Immédiatement après son départ du pays, Aliev lui aussi a été « un adversaire implacable du régime » et peut-être le chef en exil de l'opposition kazakhe. Cependant l’opposition kazkhstanaise ne l’a pas acceptée dans ses rangs car Aliev est soupçonné de blanchiment d'argent, de fraude, de corruption, ainsi que d’assassinat.


Un autre « ennemi du Kazakhstan » est Viktor Krapunov, l'ancien maire de la plus grande ville du pays, Almaty. Bénéficiant d'une haute position dans la fonction publique, il a littéralement donné à ses proches pour pas grand-chose des terrains publics avec des permis de construire. En conséquence aujourd'hui, la famille Khrapunov qui vit en Suisse, est sur la liste des personnes les plus riches de ce pays.


Et comme Ablyazov et Aliev, en fuyant à l'étranger, Krapunov a déclaré que les désaccords avec les autorités kazakhes sont fondées uniquement par des raisons politiques. Cependant aujourd'hui, les comptes de Khrapunov ont été gelés, ainsi que ceux des messieurs ci-dessus. En Suisse il est sous le coup d’une enquête pour blanchiment d'argent.


Pour revenir sur le cas d’Ablyazov, il faut dire qu’apparemment en Europe, le banquier fugitif encoure une peine beaucoup importante en Europe que dans son pays natal. Ainsi, selon les charges dictées par le Kazakhstan, Ablyazov peut avoir une peine maximale de 13 ans avec confiscation des biens. Ainsi, il a été inculpé pour la création et d'administration d’un groupe criminel, détournement de fonds, blanchiment d'argent, utilisation illégale de fonds de la banque, et ainsi de suite.


Actuellement, cependant, sur les faits de détournement de fonds de la BTA Bank, 8 affaires criminelles ont été ouvertes. Des enquêtes ont été ouvertes contre Ablyazov et d'autres anciens dirigeants de la banque soupçonnés d’avoir participé au complot et aux gang des banquiers. Le montant total des dommages-intérêts (y compris l'octroi de crédits irrévocables à ses entreprises offshore) est de plus de 317 millions de dollars.


On estime que les dégâts infligés à la BTA Bank, s’élèvent à plus de 6 milliards de dollars. Le montant des «dommages collatéraux» reste inconnu (bénéfices des entreprises dévastées par Ablyazov, déficit de taxes versées à l'Etat, etc.).

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