mercredi 28 août 2013

Questionnement sur l'extradition d'Ablyazov par la France

Le cas de l'ancien chef de la banque BTA, Mukhtar Ablyazov prend une nouvelle tournure. La Cour d'appel de la ville d'Aix-en-Provence a refusé de répondre à sa demande de mise en liberté. Pendant ce temps, certains membres de l'opposition kazakhe ont demandé aux autorités françaises de mener en Europe, le procès du banquier fraudeur. Le sort des 5 milliards de dollars volés au Kazakhstan ne semblait pas les intéresser.

Récemment, il a été signalé qu'un tribunal français a rejeté la requête de remise en liberté de Mukhtar Ablyazov. Concernant la décision de la Cour relative à la demande d'extradition, il devra l’attendre en détention. Selon l'avocat de l'ex-banquier, Bruno Rebstock, le tribunal a jugé qu’il n’y avait pas assez de garantie que l'ancien chef de la banque BTA ne quitte pas le territoire de la France s'il est libéré. En outre, le tribunal «n'est pas sûr que la sécurité d’Ablyazov sera mieux assurée s'il est libéré".

Au Kazakhstan, Mukhtar Ablyazov n'est pas seulement l'un des hommes les plus riches du pays, mais aussi un membre actif de l'opposition. Plus précisément, il est l'un des sponsors de la révolte sociale dans le pays. C'est lui qui a financé le long mois de troubles dans la ville kazakhe de Janaozen, de juin à décembre 2011. A cette époque, Ablyazov était à l'étranger pendant qu’au Kazakhstan ses intérêts étaient représentés par le pays parti non enregistré "Alga". Vladimir Kozlov (plus tard condamné pour incitation à la discorde sociale) le reconnaît. "Je représente Ablyazov ..." a t-il déclaré plus d'une fois aux grévistes de Janaozen. Il a dit aussi à plusieurs reprises aux résidents que les fonds pour la "révolution orange" dans le pays seraient "un cadeau d’Ablyazov". Cependant, Kozlov et d'autres participants actifs dans le mouvement de grève ont abandonné leurs « relations avec l'Occident ». Ils étaient bien conscients que le financement de ces actions par l'étranger au Kazakhstan pouvait être punie.

Le rapport entre l'opposition kazakhe et Ablyazov est intéressant. Après s’être échappé à l'étranger, Ablyazov a commencé à se positionner comme un critique influent. Cependant, il n'a pas trouvé de soutien dans son pays natal. En effet les forces d'opposition du pays ont préféré la voie du développement démocratique progressif du pays, mais pas celle d'une révolution, appelée et financée par Ablyazov.

En outre, presque tous les partis d'opposition appuient le gouvernement dans sa poursuite contre les fraudes du banquier. 5 milliards de dollars ont été détournés du Kazakhstan, menaçant non seulement la stabilité économique de ce pays, mais plus grave encore, la stabilité sociale. Par ailleurs, la BTA, plus grande banque de la CEI, a été conduite au bord de la faillite.

Il est précisé qu'au Kazakhstan, l'opposition est le refuge de pratiquement tous les hommes d’Etat et hommes d'affaires en fuite. L'étendue de leur opposition et le volume de la critique contre les autorités du Kazakhstan sont directement liés au nombre des crimes qui leur sont reprochés. Par exemple, l'ancien maire d'Almaty, la plus grande ville du Kazakhstan, Victor Khrapunov est soupçonné de détournement de millions de dollars et de corruption. Ayant fui vers la Suisse, la famille Khrapunov critique activement les autorités kazakhstanaises.

Un autre exemple est celui de l'ancien ambassadeur du Kazakhstan en Autriche, Rakhat Aliev. Lui aussi a profité de sa situation au service du gouvernement pour se trouver actuellement à la tête d'une immense fortune. Et ceci pas seulement en volant des entreprises, mais aussi en pratiquant l'extorsion de fonds, en assassinant, en faisant du chantage, et par une foule d'autres moyens illégaux. Il est également devenu un membre de l'opposition dès qu'ils a franchi la frontière du Kazakhstan.

Quant à Ablyazov, Astana, Moscou et Kiev, l'accusent de fraude à grande échelle. Les justice de Chypre, la Hongrie, la Lettonie et la Grande-Bretagne ont également fait connaître leurs réclamation. Par ailleurs, aux allégations de fraude au Kazakhstan (mais aussi en Europe), ont été ajoutées des accusations de blanchiment d'argent.

Naturellement, face à de telles accusations, Ablyazov a jouer sa dernière carte, obligatoirement gagnante. Il se déclara dans l’opposition du pouvoir.

Ceci est d'autant plus vrai que l'Europe est réputée très souple envers tous les ressortissants de la CEI, surtout quand il s'agit d’anciens hauts fonctionnaires ou d’oligarques. Et elle est encore plus souple si en plus de leurs revendications politiques, ces personnes en exil apportent leurs capitaux avec elles. Dans une telle situation, les autorités européennes portent peu d'intérêt à la provenance et à la «couleur» de l'argent.

Donc, l'arrestation en France d'Ablyazov sur la demande de la partie ukrainienne n'est pas un précédent que pour le Kazakhstan. Il s'agit de l'un des rares cas où l'opposition n'est plus l'écran qui aide à se cacher.

Toutefois, dans le cas d'Ablyazov sont entrés dans le jeu certains de ses associés au Kazakhstan. Leurs noms figurent sur la liste de ceux qui ont été rémunérés par Ablyazov au cours des dernières années. Ils ont annoncé Ablyazov comme étant la « principale force d'opposition » et ont déclaré que son arrestation cause des « dommages irréparables à l'ensemble de l'opposition kazakhe » ainsi qu'un « coup très grave pour les forces démocratiques du Kazakhstan ». Ceci a en particulier été déclaré par Sergueï Duvanov, journaliste indépendant.

Le membre de l'opposition politique, Jasaral Kuanyshalin, a exprimé sa déception devant les actions des pays européens « contre l'opposition au Kazakhstan ». « Cette situation n'est pas bonne. En particulier, l'Europe qui a récemment joué un rôle actif pour la démocratie, prend des mesures contre des membres de l'opposition kazakhe. Il est particulièrement dommage que cette action ait été menée contre Ablyazov ».

En fait, l'opposition kazakhe accuse les autorités européennes d’avoir comme les autorités kazakhes, des  revendications économiques contre Ablyazov.

Mais, néanmoins, l’opposition demande à la justice française de ne pas extrader Ablyazov, ni en Ukraine, ni en Russie, et surtout pas au Kazakhstan (La Russie a également envoyé au ministère français de la Justice une demande d'extradition pour Ablyazov).

On peut comprendre ses complices. D’une part, leur rétribution provenant de l’Ouest les y oblige. D'autre part, ils craignent que si Ablyazov est extradé dans l'un des pays de la CEI, il puisse ouvertement mentionner les noms de ceux qui ont reçu de l'argent de sa part, au Kazakhstan. Compte tenu des appels d'Ablyazov à renverser l'ordre constitutionnel, ses complices pourrait entraîner dans un jugement sur des accusations de tentative de fomentation d’une «révolution orange» au Kazakhstan.

Dans tous les cas, aujourd'hui, la décision relative au pays où sera jugé Ablyazov reste à la France. Très probablement, compte tenu des allégations presque identiques d'un certain nombre de pays contre l'ancien banquier, les autorités françaises ne s'opposeront pas à son extradition dont la destination sera certainement l'Ukraine.

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