samedi 19 octobre 2013

La vie d'Ablyazov en prison

La détection et la neutralisation des milliardaires clandestins, éminences grises du monde criminel, permet d'espérer que l'UE ne servira plus de refuge aux capitaux douteux. Un récent exemple d'une réponse à l'oligarchie criminelle est la capture d'un banquier fugitif qui a dévalisé sa propre banque au Kazakhstan ainsi que ses filiales en Russie et en Ukraine, et détourné selon diverses estimations, de 5 à 6 milliards de dollars.

Le nom de ce criminel est Mukhtar Ablyazov. Il était un fonctionnaire, non pas dans un poste insignifiant, mais dans l'élite dirigeante des ex-républiques soviétiques. Il a servi comme ministre de l'Énergie. Dans sa riche biographie se trouve aussi un casier judiciaire. Le fonctionnaire a été envoyé en prison pour abus de pouvoir et détournement de fonds, puis gracié, puis transformé en un financier majeur, banquier. Entre temps Ablyazov s'est impliqué dans des activités politiques. Toutefois, ce monsieur n'a pas réalisé de percées particulières dans le domaine de la démocratie, à part les droits de parti perçus pour seule couverture de l'entreprise.

Mais ces affaires viennent d'une époque révolue. Pourquoi Ablyazov est connu et pourquoi les médias européens donnent à cet homme autant d'attention ?

Par ailleurs, le ton des publications relatives à l'oligarque ont changé récemment. Une fois, il apparait avec une auréole de combattant de la vérité, tel le « héros Zorro » de fabrication locale, sorti des barricades au grand jour pour le triomphe de la démocratie. Fuyant le Kazakhstan pour Londres il s'est lancé dans une activité sociale violente, jetant de la poudre aux yeux pour cacher la vérité sur sa fuite. Il disait à tout le monde qu'il était un démocrate persécuté pour ses opinions, alors qu'il est en fait un voleur. La Cour de Londres a confirmé ce fait et Ablyazov a été obligé de se cacher. Depuis lors dans les médias, il a pris l'apparence d'une victime, d'un martyr et d'un dissident. Les publications pour sa défense, généreusement sponsorisées par les fonds volés de l'oligarque ont indifféremment parlé de la tristesse pour les droits et libertés de l'homme, et plus récemment de tous ses ennemis dont la Cour de Londres, qui ont activement été piétiné dans la boue.

Une fois de plus, le ton des médias qui étaient du coté de l'oligarque a changé juste après que la branche française d'Interpol ait arrêté Ablyazov. Sur les pages des journaux, les blogs et les discours de certaines ONG est apparu une clameur exigeant de ne pas extrader le suspect dans les mains de la justice du Kazakhstan. Lorsqu'il est demandé d'expliquer pourquoi, voici la réponse : « Oui, bien sûr , parce qu'il est le principal ennemi de l'Etat et de la démocratie en général !" Eh bien, oui , cette déclaration a beaucoup de sens. Enlevez la liberté de ce criminel qui a volé plusieurs milliards de dollars, lequel acte peut être considéré comme une torture inhumaine.

Même pour la prison française où se trouve maintenant l'oligarque, il accumule tellement de réclamations qu'il devient temps pour l'Etat français de faire appel aux associations de défense des prisons.

Au lieu du Cabernet Sauvignon il faut boire de l'eau du robinet. Au lieu d'un lit de plume et d'une maîtresse Ukrainienne, il a un dur matelas de prison. Au lieu de se promener sur la Côte d'Azur, il se promène dans la cour de la prison avec les rats. Comment pouvez-vous ne pas hurler de désespoir ?

Les médias reproduisent activement les difficultés rencontrées par Ablyazov dans la prison française .

Le juge et le procureur dans leurs robes noires, très stricts, ne l'on pas laissé sortir sous caution. « Je n'avais l'habitude de  voir une telle audience que dans les films », a dit Ablyazov.

Il est normal qu'ayant fui le tribunal à Londres, il ne connaisse pas de juges sévères. Sinon il serait resté enfermé pendant 22 mois une prison britannique.

« L'eau du robinet est gratuite, dans les bouteilles, elle est payante. Je n'ai pas d'argent avec moi, c'est pour cela que je bois de l'eau du robinet. La nuit, toutes les deux heures , ils allument la lumière. Il faut bouger pour montrer que l'on est vivant » raconte l'oligarque sur sa vie quotidienne. Nous observons qu'il ne dit pas un mot sur la politique. Soit il s'est rendu compte que cela ne sert à rien, soit tout simplement il cherche à faire pitié. C'est vraiment pathétique. Cette  personne qui avait des milliards, n'a pas d'argent même pour acheter une bouteille d'eau gazeuse. Si on boit de l'eau du robinet, il est possible d'avoir des problèmes de santé. L'estomac est fragile.

La justice française fait démonstration d'une approche dure, en tenant compte de l'expérience de la justice britannique. Le rejet total par Ablyazov de toutes les lois, la fuite de la justice, l'outrage au tribunal, ont formé une image négative et frappante de cet homme qui crache sur tout et tous. Et c'est pour cela que toutes les tentatives de ses avocats pour obtenir sa libération sous caution se sont révélées vaines. Début Octobre, la Cour d'appel d'Aix-en-Provence a une nouvelle fois rejeté la demande de libération d'Ablyazov avant de décider de son éventuelle extradition. La première demande pour sa libération a été rejeté par la cour en Août. Donc, sa fille aînée Madina ira porter à manger à son oligarque de père jusqu'au mois de Décembre, où la question de son sort sera réglée.

Il semblerait que l'oligarque continuera de boire de l'eau du robinet​​. Car il a menti à tous, a touché les intérêts de gens sérieux, y compris dans le secteur bancaire.

Il était recherché par la police sur des accusations de crimes en série, non seulement en Russie, mais aussi en Ukraine et au  Kazakhstan. Les activités de M. Ablyazov et de ses associés relèvent également de l'application du droit pénal dans le cadre d'enquêtes à Chypre, en Hongrie et en Lettonie. Les autorités compétentes d'Irlande et de Finlande ont effectué des vérifications dans les filiales d'Ablyazov . Des pertes de plusieurs millions de dollars ont été enregistrées par les banques françaises et britanniques « grâce à Ablyazov » qui était leur débiteur.

Personne ne doute qu'Ablyazov est un délinquant. La seule question est de savoir où il purgera sa peine. Ablyazov a probablement pris goût à la prison française. Comme il le dit, il n'a pas à se mettre « face au mur et les mains derrière la tête », il y a une même une télévision avec 24 chaînes, mais la chose importante est que personne ne le blesse. Dès le premier jour, il a été installé avec un colosse africain. Au moment de se séparer, ils ont presque pleuré, ils ont donc eu le temps de devenir des amis. Voici ce qui arrive dans les prisons françaises : une forte amitié masculine.

Ablyazov s'habitue donc à cette vie. Et dans le cadre de sa cellule de prison, ses besoins se sont réduits. Il demande une seule chose, un miroir, qui pour une raison quelconque ne lui a toujours pas été apporté. A cette occasion, l'oligarque a même exprimé une légère critique à l'égard de l'administration de la prison. Ils auraient pu lui faire plaisir, car comment sans miroir, rester en si amicale compagnie masculine ! C'est vraiment une torture !

Où sont les ONG engraissées par Ablyazov ? Pourquoi ne défendez vous pas les droits de ce détenu ?

Parlons des ONG en quelques mots. En France, les militants des droits de l'homme ont initié une campagne contre l'extradition d'Ablyazov en Ukraine, craignant qu'il sera par la suite transféré à une «troisième main». Mais au Kazakhstan, un mouvement social relatif à Ablyazov a pris naissance. La seule différence est qu'il nécessite qu'Ablyazov retourne dans sa patrie. Environ 35 organisations non gouvernementales se sont adressées par écrit au Président de la France sur la question relative à l'extradition de l'oligarque.

« Le jugement devrait avoir lieu là où a été commis le crime » a dit M.Taksidi, activiste du mouvement social kazakhstanaise. « Le destin d'Ablyazov » est de rendre l'argent pour le développement d'ONG et la construction d'hôpitaux et d'écoles. Ce ne sont pas quelques milliers de dollars, ni même des centaines de milliers de dollars, mais des millions qui pourraient servir au développement de mon pays » a expliqué la militante.

Mais dans l'ensemble, le principal n'est pas de savoir où le criminel il purgera sa peine. Il a laissé des empreintes dans de nombreux pays. Le principal est de réparer les dégâts et qu'il ait reçu ce qu'il mérite.

 

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