jeudi 31 juillet 2014

Dr Shoraz / Mr Alyev, le Dr Jekill des temps modernes

C'est un polar, presque un horrible thriller, que beaucoup appelle l'enquête du soi-disant docteur Shoraz. Ce personnage est l'un des nombreux étrangers qui cherchaient une protection en Europe, afin d'essayer d'échapper à des poursuites judiciaires. Il était l'un de ceux qui ont le mieux réussi.

Pourquoi tout ceci est dit au passé ? Sans doute parce que ce monsieur a récemment changé d'habitation, au lieu d'une villa confortable à Malte, il a obtenu une chambre confortable dans la prison de Josefstadt en Autriche et le tribunal régional de Vienne a à plusieurs reprises pris la décision de prolonger sa période de détention. Malgré leurs tentatives, les avocats du docteur Shoraz ne sont pas arrivé à obtenir sa libération sous caution. Les allégations portées contre cet homme sont trop graves.

La justice autrichienne a une bonne raison de croire qu'ils ont affaire à un tueur Selon les éléments de l'enquête pénale, Shoraz et ses sbires ont tué deux hommes d'affaires en les gavant de médicaments psychotropes, en les étouffant, puis en cachant les corps dans des barriques de chaux. Les tonneaux ont été enterrés dans une zone isolée. Le but de ces meurtres est banal : la cupidité. Les victimes ont été torturées. Ils étaient obligé de signer des documents léguant les parts de leur sociétés et ensuite il se sont tout simplement débarrassés des dangereux témoins.

Dans le lointain Kazakhstan où s'est déroulée la tragédie, le Dr Shoraz est connu sous le nom de Rakhat Aliyev. Il était un haut fonctionnaire et homme d'affaires qui manifestement n'a  écarté aucun moyens pour s'enrichir. Et quand finalement il a fui le pays, sa fortune personnelle s'élevait à plusieurs millions de dollars. Cependant, il a commis des crimes en série dont celui abordé plus tôt ne constitue qu'un des épisodes pour lequel le tribunal kazakhstanais l'a condamné par contumace à 40 ans de prison.

Mais l'Europe est la citadelle de la démocratie. Tout réfugié, même s'il est vraiment coupable, bénéficie de la présomption d'innocence. Nous ne devrions pas ignorer non plus le fait qu'Aliyev fait parti des personnes super-riches, et qu'il est toujours plus facile pour les oligarques de contourner la loi.

On peut noter que le Docteur Shoraz a fui le Kazakhstan en 2007, et n'a obtenu une sentence d'emprisonnement que sept ans plus tard. Naturellement, la question se pose s'il existe des raisons d'accuser Aliyev d'assassinat. Pourquoi n'a t-il pas été directement pris des mesures globales pour que l'enquête soit complète ? Qu'a t-il été attendu toutes ces années de la part de la justice autrichienne ?

Comme l'ont expliqué les juristes, le Kazakhstan avait jusqu'en 2011 demandé l'extradition d'Aliyev, mais elle lui a été refusé. L'oligarque a apparemment célébré sa victoire, mais n'a pas considéré que, conformément aux accords internationaux, si l'Autriche a refusé l'extradition, elle doit mener sa propre enquête. Le fait que le docteur Shoraz ait été envoyé en prison en dit beaucoup. Après avoir mené une enquête laborieuse pendant trois ans, étudié de nombreux faits et interviewé plus d'une centaine de témoins, attiré des experts haut de gamme afin d'évaluer les éléments de preuve disponibles, le procureur de Vienne a émis un mandat d'arrêt européen contre l'oligarque. Et on ne peut pas être dit que cela est irréfléchi. D'autant plus que la Cour a prolongé la garde à vue d'Aliyev alias Shoraz et a confirmé de facto la validité de ses conclusions.

Il est clair que les avocats de l'accusé continuent à s'en tenir à leur ligne de défense, estimant que la poursuite est motivée politiquement et voyant partout  des mensonges et des fraudes. Selon eux, Aliyev est victime de persécutions politiques, en tant que membre de l'opposition et toutes les preuves ont été falsifiées. Cependant, il faut dire qu'au nom du bureau du procureur de Vienne, le bureau de la police criminelle fédérale a mené une enquête approfondie comprenant des éléments provenant du Kazakhstan, a établi la décision écrite suivante : "il était raisonnablement prévisible qu'il n'existe pas d'accusations forgées de toutes pièces par les autorités du Kazakhstan contre Aliyev et ses complices."

La stratégie d'Aliyev et de ses nombreux conseillers est extrêmement simple : ils créent un mirage qui est appelé la théorie du complot. Cette défense est basée sur des théories de conspirations qui ne supportent pas la moindre critique. Quel genre de membre de l'opposition Aliyev est-il ? Il suffit de mentionner son dernier poste pour le comprendre, il était à la tête de la diplomatie du Kazakhstan en Autriche.

Généralement, les membres de l'opposition fuient leur pays natal parce qu'il sont en confrontation dure avec les autorités de leur pays. Aliyev a quitté son pays pour d'autres raisons, il était juste un voyou. Il n'a pas créé un parti, il ne s'est pas battu pour la démocratie. Il ne s'est compté dans l'opposition qu'après avoir été sérieusement mis en cause par la justice du Kazakhstan.

Donc l'emprisonnement est le résultat naturel pour les sept années de confrontation de l'oligarque avec la justice et il ne peut même pas espérer sortir de prison sous caution. Les avocats utilisent des tactiques différentes pour sauver le Dr Shoraz, mais en vain. Ce qui est drôle, c'est qu'ils ont même réussi à en faire une victime du monde criminel. Il est prétendument insulté en prison. Les média rapportent qu'il "a été attaqué et agressé".

Selon les paroles d'Aliyev, il a été volé et est victime de chantage, ce qui lui a valu d'être mis dans une cellule individuelle a rapporté le journal Der Falter. En conséquence, il a du donner quelques milliers d'euros aux maîtres chanteurs. A la suite de cela, Aliyev a été transféré dans une cellule pour deux. Il n'était pas envisagé de faire un transfert dans une cellule individuelle car, selon le journal, Aliyev pourrait se suicider.

Il faut dire que l'information dans les média est très contradictoire. Tout d'abord, dans le monde du crime, faire payer une paire de millier d'euros ne suffit pas. C'est un fait. D'autre part, il semble que la possibilité d'un suicide soit absurde.

Qu'est-ce qui empêche Aliyev de se suicider dans unecellule double, s'il décide de prendre cette décision? Rien. Par ailleurs, selon  les média, l'oligarques a été volé par ses codétenus de plusieurs T-shirts et une ceinture. La ceinture est le principal instrument de suicide dans les prisons. Comment ce fait se recoupe aux informations sur les menaces de suicide ?

Donc  il se pose encore de nombreuses questions. On a l'impression que les avocats d'Aliyev appuient simplement sur la pitié du public, et jouent sur les émotions.

Est-ce que cela va l'aider ? Alors que les partisans d'Aliyev excellent dans le choix de la stratégie et de la tactique, la base de preuves et la probabilité de l'implication de cet homme dans les meurtres prend de l'ampleur. En termes juridiques, il existe de "graves soupçons". L'une des raisons pour lesquelles l'oligarque reste derrière les barreaux est la crainte qu'il ne s'enfuit et qu'il ne soit en mesure d'exercer des pressions sur les témoins.

Donc tout est pris très au sérieux. Il reste à attendre le jugement afin de mettre un point final à cette histoire scandaleuse.

samedi 26 juillet 2014

Syrie: plus de 140 morts dans les combats entre armée et jihadistes

Plus de 140 personnes, en majorité des combattants, ont péri dans des heurts opposant depuis jeudi l'armée syrienne aux jihadistes de l'Etat islamique (EI) dans le nord du pays. A Raqa, les islamistes ont tué au moins 50 soldats, tombés dans un guet-apens puis, pour la plupart, décapités.

Le groupe radical de l'EI a lancé des attaques concomitantes dans les provinces de Raqa (nord), de Hassaka (nord-est) et d'Alep (nord), selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui fournit le bilan des victimes. L'OSDH s'appuie sur des sources civiles, médicales et militaires.

Il s'agit de la première confrontation de cette ampleur entre l'EI et le régime syrien, qui se battent tous deux contre les rebelles luttant depuis trois ans pour renverser le président Bachar al-Assad.

Au moins 144 personnes ont péri lors de ces affrontements, notamment à Hassaka et Raqa où les jihadistes ont lancé des attaques suicide contre des régiments, des brigades et un siège du parti Baas. Dans ce bilan figurent au moins 52 jihadistes, 80 soldats et 12 membres du parti Baas, le parti de Bachar al-Assad, selon l'OSDH.

D'autre part, la Jordanie a abattu vendredi un drone qui survolait le gouvernorat de Mafraq, près de la frontière avec la Syrie, a annoncé un responsable de sécurité.

"Il s'agissait d'une violation de l'espace aérien jordanien. La Jordanie prendra des mesures (...) une fois ce drone identifié", a ajouté ce responsable. Selon lui, le drone survolait une zone proche du camp de Zaatari, qui héberge environ 100'000 réfugiés syriens.

Amman est par ailleurs accusé par Damas de soutenir les rebelles qui combattent le régime, mais a toujours démenti.

 

Sur www.romandie.com le 26/07/2014




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mercredi 9 juillet 2014

Précisions sur le dossier Aliyev

Un oligarque kazakhstanais, fugitif et ancien haut fonctionnaire de haut rang a été arrêté à Vienne sur un mandat des procureurs délivré le 19 mai de cette année. La communauté européenne est déterminée à faire face au fugitif viennois et enfin mettre un terme à cette histoire scandaleuse.
 
En effet, l'histoire est peu reluisante. Pour le comprendre, essayons de prendre du recul. Donc, imaginons que dans votre pays arrive un criminel recherché par un autre Etat. Et, pas recherché pour un vol banal, mais à son compte, il a un certain nombre de crimes graves, qui l'ont condamné a plus de 40 ans de prison. Parmi ceux-ci, enlèvement, meurtres, attaques terroristes et préparation d'un coup d'Etat.

Comment le pouvoir doit réagir ? Faire une extradition ou mener une enquête, n'est-ce pas ? Il y a, entre autres, la question de la sécurité nationale, car il est nécessaire de comprendre à qui on a affaire. Sans parler de l'image du pays qui a protégé le fugitif criminel.

Curieusement, dans le cas d'Aliyev aucun de ces scénario n'a initialement fonctionné. Les autorités autrichiennes ont refusé au Kazakhstan pendant plusieurs années, l'extradition de l'ex-officiel, et a mené l'enquête passivement, même si ce chantre de la liberté avait à cette époque suffisamment de charges contre lui.

Et pourtant, comme aime à dire les policiers, même si la corde ne s'enroule pas, il y aura quand même une fin. Aujourd'hui, Aliyev est détenu dans la prison de Josefstadt, qui est situé à côté de la cour criminelle de Vienne. Et en lui-même, ce fait est éloquent. Car pour placer en détention un homme si influents dans certains milieux, capable de recruter les meilleurs avocats, il y avait certainement des preuves importantes de sa culpabilité. Et s'il était enfermé par erreur, cela pourrait coûter de nombreuses carrières. Par conséquent, les autorités autrichiennes ont commencé à agir quand l'Europe a lancé une vague de poursuites judiciaires contre les fugitifs oligarques et a façonné l'opinion publique. Par ailleurs, l'enquête est arrivée à la conclusion que la poursuite contre Aliyev devrait aboutir.

En termes juridiques, la mesure préventive contre l'oligarque est une arrestation en liaison avec  l'enquête sur des soupçons d'assassinat des dirigeants de la banque du Kazakhstan "Nurbank".

Aliyev, bien sûr, nie sa culpabilité et joue la carte déjà familière du réfugié politique et leader de l'opposition en dehors du système.

Cependant, il n'a aucune « crédibilité » dans l'histoire de l'opposition et il s'est lui-même appelé démocrate, seulement lorsque qu'il s'est échappé à la mère patrie. Avant ce moment, il était tout à fait satisfait avec son statut de fonctionnaire. Mais cela est sans importance, n'est-ce pas ? Le plus important est qu'Aliyev partage sincèrement des valeurs libérales, au moins publiquement. Et dans ce genre d'affaires, l'Europe sait faire preuve de tolérance.

La situation a changé aujourd'hui, car il s'avère que la position sociale et politique de certains politiciens en même temps oligarques fugitifs criminels, est dictée par un seul but, éviter la responsabilité pénale. Cela oblige l'ancien monde à avoir un regard plus critique à l'égard des réfugiés pleins de sacs d'argent.

En parlant d'Aliyev, la perspicacité de l'Europe a commencé après qu'il ait été impliqué dans une série de scandales et a attiré l'attention des autorités chargées de l'enquête. En 2013, il a même dû quitter Malte, où il a vécu pendant plusieurs années avec sa nouvelle famille alors que la police mène l'enquête activement sur ​​les allégations à l'encontre d'Aliyev, d'enlèvements de personnes et de torture. Un peu plus tôt, un tribunal local a arrêté le magnat dans sa propriété et à gelé ses compte, en le soupçonnant de blanchiment d'argent. Cette demande est venue par la voie de l'Allemagne, Aliyev s'était caché jusqu'en 2010.

La presse parle également d'un scandale sur les liens de l'actuel ministre de la justice de l'Autriche et Aliyev. Avant d'avoir cette position, le Ministre a travaillé comme avocat de la défense de l'oligarque pour défendre activement ses nombreux intérêts. Après il a rompu tout lien avec lui, mais les conséquences d'une telle coopération s'étendent jusqu'à aujourd'hui.

Et que dire de l'histoire du million perdu ? Imaginez qu'Aliyev, a légèrement oublié dans un casier de la banque Austria Creditanstalt AG, une grosse somme d'argent. Le nouveau locataire a trouvé plusieurs paquets de billets de 100 $ pour un total d'un million de dollars. « Il est difficile de comprendre comment une telle somme a été oubliée dans un coffre-fort » se demandait le public. Il est possible qu'il soit connecté avec le blanchiment d'argent.

Mais en faveur de qui Aliyev a oublié ce million ? A cette question, il n'y a pas de réponse, bien que le fait soit  bel et bien remarquable. Par ailleurs, cet argent est un moyen idéal pour corrompre. Si quelqu'un refuse de prendre un "dessous de table", le corrupteur peut toujours se référer à l'amnésie. Cependant, les méticuleux autrichiens ont redonné ce cash à Aliyev.

Cependant, ni l'argent, ni sa nouvelle image politique n'ont aidé le fugitif viennois. Suite à l'émission du mandat d'arrestation, il s'est rendu volontairement aux autorités de l'Autriche, au motif qu'il voulait coopérer avec l'enquête. En effet, toute tentative de fuite pourrait être considéré par les juges comme un aveu de culpabilité au procès à venir. Par conséquent, les avocats ont recommandé la reddition volontaire à la justice.
 
Il est à noter qu'en Autriche, il y a une pratique intéressante dans les cas très médiatisés. Il faut constamment prouver la validité de la détention des suspects. Un détail caractéristique est que la détention d'Aliyev a de nouveau été prolongée par la Cour de Vienne. Il s'agit d'un résultat normal, car en vertu des circonstances, la prison est le meilleur endroit pour lui. Et si l'on dit qu'Aliyev peut être libéré sous caution (en fait, dans le cas d'un assassinat, ceci est impossible), même si on veut nous convaincre qu'il est «tout joli, tout mignon », qu'il est accusé à tort et qu'il est venu volontairement à la police, le parquet autrichien a rendu ses conclusions pour ce qui concerne cet individu.

Et aujourd'hui, peut être qu'Aliyev souhaite être heureux et se cacher, mais il ne le peut pas. La prochaine audience de vérification des accusations et des motifs d'arrestation se tiendra en juillet. Mais globalement, il risque d'avoir une peine d'au moins 20 ans de prison ferme.

A ce jour, la date de parution de l'acte d'accusation et le temps nécessaire au Président de la Cour pour se tenir informer de l'affaire, ne sont pas clairs. Nous savons seulement que le processus sera publique et très probablement ne sera pas commencé avant 2015.