jeudi 6 août 2015

Fortune et infortune des Khrapunov

Il serait grand temps pour les autorités suisses de réfléchir à un des points principaux de la confédération, son image. La transformation progressive en centre de blanchiment des produits du crime implique la transformation de Genève en capitale de la pègre.
 
Selon l'ONU, au niveau de la planète, d'ici 2009 le monde entier aura lavé la somme astronomique de 1600 milliards de dollars. Et la plupart de cet argent passe par les principales plateformes financières et bancaires du monde, dont fait partie la Suisse.
 
Il suffit de rappeler les révélations scandaleuses des médias européens accablant la branche suisse de la banque HSBC. En particulier une banque de données client, est arrivée en possession du journal français «Le Monde» et du «Consortium International des Journalistes d'investigation» et a jeté une ombre sur la Suisse en tant que centre financier mondial.

Si l'on en croit les médias internationaux, il apparaît que de nombreux clients de la succursale suisse de la banque britannique HSBC ont été encouragés non seulement à l'évasion fiscale, mais aussi, par exemple, au trafic de drogue.
 
Par ailleurs, la banque a été « éclaboussée » en 2012 dans un scandale similaire. et en 2013 elle a été forcé de payer au gouvernement américain une amende record de 2 milliards $ pour le blanchiment de l'argent gagné au Mexique dans le trafic de drogue.

Toutes ces données ont soulevé une importante question, à savoir comment les autorités suisses, habituellement d'approche responsable dans la mise en œuvre de la législation, prévoient-elles de contrer les actes de blanchiment des capitaux criminels, et avec quel sérieux ces normes seront respectées par les banques suisses elles-mêmes.

En outre, il est question non seulement de la dissimulation des produits de la criminalité, mais aussi d'essayer de soustraire les patrons du crime de tous bords à leurs responsabilités.
 
L'exemple suivant  montre que cela est loin de fonctionner. Une des patrons de ces mafias vient des profondeurs de l'Asie centrale. Du nom de Victor Khrapunov, il se sent à l'aise en Suisse. Mais il figure depuis 2010 sur la liste des personnes recherchées par Interpol. En 2008, il a fui en Suisse en essayant d'échapper aux poursuites dont il faisait l'objet au Kazakhstan, et pendant toutes ces années, il est intouchable.
 
Victor Khrapunov a occupé des postes ministériels du Kazakhstan, à la fin de sa carrière il servait depuis longtemps comme maire de l'une des plus grandes villes du pays. C'est grâce à cette position qu'il a amassé la plus grande partie du capital de la famille. Cet homme prudent et stupide a légalisé l'argent obtenu par la corruption, par l'entremise de l'entreprise de son épouse, Leila Khrapunov. Par exemple, on peut parler de la confiscation des terres des propriétaires légitimes de la société "Shadid Engineering" pour "les besoins de l'Etat". La question du besoin qu'avait l'Etat de ces terres, a été discutée plus tard, mais hélas elle est restée un mystère. Mais exactement un mois après la confiscation, un autre décret du maire a vendu ce site à la société "Karash Plus" pour 800 k€. Puis, ces terres ont été vendues à Leila Khrapunov.

En d'autres termes, Khrapunov a activement utilisé sa position officielle, en créant des conditions favorables pour l'achat de biens immobiliers à vil prix, et sa femme a revendu terrains et installations pour des sommes fabuleuses. Sans surprise, les entreprises de Leila Khrapunov ont été confondues par les dates, faits et chiffres relatifs aux procédures d'acquisition de 32 maisons qui formaient le capital de base pour ces nouveaux riches, nouvellement créé.
 
Il faut préciser que ni Khrapunov, ni sa femme ne se sont engagés dans la politique, mais ils se considèrent comme les maîtres de la vie du jeune Kazakhstan. La position de l'Etat n'a été définie qu'après que le Kazakhstan aie compris l'ampleur de l'infraction et a commencé à engager des poursuites pénales.

Voici donc Khrapunov entouré et choyé par des services spéciaux de différents pays. Bien que M. l'ancien maire n'ait pas intégré les hautes sphères du pouvoir, il a connaissance de presque tous les secrets les plus élevés de l'Etat. On conviendra donc aisément, que ce fait est une donnée importante pour la guerre de l'information.
 
Ajoutez à cela que Khrapunov a des liens familiaux avec un autre type d'oligarque fugitif Mukhtar Ablyazov, qui siège maintenant dans une prison française. Au minimum, le clan Khrapunov/Ablyazov est un gang d'envergure internationale. Si Khrapunov n'a laissé ses empreintes qu'au Kazakhstan, en plus de son pays d'origine Ablyazov a également marqué la Russie, l'Ukraine, le Kirghizistan et d'autres pays, dont le Royaume-Uni ou l'attend une peine de prison.

Le cas d'Ablyazov a fait l'objet d'échanges avec la Russie, qui exige l'extradition de ce criminel. Compte tenu de la situation internationale, et de l'avènement d'un nouveau cycle de guerre froide, il est clair que le cas des criminels est sérieusement pris en considération dans le grand jeu entre les Etats.
 
En 2013, le Kazakhstan a envoyé un ordre international aux autorités compétentes de la Confédération suisse pour une aide juridique. L'évaluation juridique de Khrapunov n'a jamais été réalisée. Mais il a disparu de la liste des personnes les plus riches de Suisse, qui est publiée chaque année par le magazine économique Bilanz.
 
Victor Khrapunov affirme que sa famille est apparue par accident sur la liste des familles les plus riches de Suisse. Comment ce magazine aurait-il pu se tromper. En attendant, il est connu que l'oligarque a acheté une villa de luxe à Genève au 49 Chemin de Ruth, 1223 Cologny. Cette villa a été achetée le 27 Juillet 2007 pour 32 millions de francs suisses. A également été acheté un appartement à proximité, au 10 rue Rodolphe Toepffer à Genève, d'une valeur de 16 millions de francs suisses. Khrapunov possède également un bien  immobilier dans un bâtiment de sept étages situé au 3 rue du Mont-Blanc, 1201 Genève, et un appartement dans le quartier des banques et des ambassades situé au 28B chemin du Petit Sacconex, 1209 Genève. Depuis 2009, il a la propriété de l'Hôtel du Parc Holding.
 
Khrapunov possède également une bijouterie enregistrée sous le nom Phoenix Bijoux SA au capital de 300 000 francs, ainsi que sept autres entreprises: Saas-Fee Hôtels, Résidence Development Group AG, Thermique Developments SA, HDP Hôtel du Parc, Mont-Pèlerin SA, HDP Hôtel du Parc holding Sàrl, Suisse Developments Group SA. Leur chiffre d'affaires est de 500000 à 1000000 francs.
 
De toute façon, le public ne souffre pas de cécité. Le journal a souligné que l'accusation est bien consciente que dans les tribunaux en Suisse, le taux de condamnation dans les affaires de blanchiment d'argent est ridiculement bas, et les outils pour lutter contre ce mal ne sont pas aussi efficaces que cela puisse paraître de l'extérieur ... alors que tout pourrait changer si les suisses commencent à se sentir maîtres dans leur propre pays.

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