mercredi 16 septembre 2015

Complicité dans l'affaire Ablyazov

A Vilnius, la police a appréhendé Cirim Shalabayev, membre d'un groupe criminel transnational qui pendant  longtemps a fuit la Grande-Bretagne, l'Ukraine, la Russie et le Kazakhstan.


Shalabayev fait partie du clan mafieux des «cols blancs» dirigé par Mukhtar Ablyazov. C'est une organisation criminelle internationale spécialisée dans la fraude financière. Son arnaque la plus sensationnelle a été la destruction concrête de la banque BTA au Kazakhstan, en plein milieu de la crise financière mondiale. Le schéma était simple. Etant à ce moment-là à la tête de la banque, Ablyazov a détourné beaucoup d'argent vers l'étranger et a ensuite donné des prêts sans explications à des sociétés fictives, qui, à travers un réseau d'entreprises offshores, ont recyclé cet argent. Finalement, tout cet argent, dont le montant est d'environ cinq milliards de dollars, s'est retrouvé dans sa poche.


En parallèle, Ablyazov a effectué des opérations de propagande pour se couvrir. Premièrement, il a créé un parti au Kazakhstan, qu'il n'a pas voulu enregistrer officiellement en expliquant qu'il souhaitait éviter les pressions des autorités locales. Deuxièmement, fuyant des poursuites à Londres, il a commencé à critiquer activement le Kazakhstan, la Russie et l'Ukraine. La sélection des objets de sa critique est évidente, tous les organismes d'application de la loi de ces pays font des enquêtes contre Ablyazov.


Ce qui est intéressant, est que dans les premiers stades, sa tactique a atteint son but. Au Royaume-Uni, Ablyazov a obtenu le statut de réfugié politique. Cependant en parallèle, la Haute Cour de Londres a démêlé une affaire complexe contre Ablyazov, à la requête de la banque BTA, laquelle a permis de mettre en lumière les agissements de l'oligarque en fuite. La bataille juridique a été un vif débat dans lequel les deux parties ont engagé les meilleurs avocats d'Angleterre. Et cette bataille, Ablyazov l'a lamentablement perdu. La Cour a prouvé sa fraude, saisi les biens de l'accusé et a ordonné de restituer les fonds. Cependant, il y a un mais ... pendant le temps de la procédure, Ablyazov a réussi à cacher une partie des actifs.


Cirim Shalabayev, devenu l'un des assistants d'Ablyazov, avait dissimulé activement à la justice, les fonds volés. Il a revendu les actifs et a tout fait pour sauver le capital de son maître. Les relations dans ce clan mafieux sont construites sur des principes de loyauté personnelle et de parenté. Et Cirim est le frère de la femme d'Ablyazov. Il n'a pas œuvré par peur, mais en conscience.


Au tribunal, l'affaire est devenue ridicule. Lors d'une audience, Cirim Shalabayev s'est présenté comme un oligarque possédant tous les moyens et les actifs qui intéressaient la justice, y compris les biens Carlton House et Oaklands Park pour une valeur totale de plus de 30 millions de livres, lieu où vivaient Mukhtar Ablyazov et sa famille. Pendant le jugement, Ablyazov a modestement caché ses yeux, feignant d'être à la charge de Shalabayev.


Cependant, la justice a enfin compris ce qu'il en était, tout d'abord par le fait que presque toutes les entreprises qui sont la «propriété» de Shalabayev, avaient une caractéristique commune, un manque d'actifs physique, seulement des prêts de millions de dollars accordés à d'autres sociétés offshore. Ceci semblait étrange. Donc, en suivant le fil de la circulation des capitaux, la justice a réussi à prouver qu'à travers Shalabayev, Ablyazov contrôle réellement plus de 600 entreprises !


Cirim Shalabayev a été le premier des complices à être condamné par la justice anglaise. Ayant dissimulé des informations sur les véritables propriétaires et leurs actifs, ainsi que les entreprises dans lesquelles a été versé l'argent volé de la banque BTA et ayant entravé l'enquête judiciaire, il a été condamné à une peine d'emprisonnement de 18 mois pour outrage au tribunal.


Shalabayev n'a pas attendu la police, car il s'est enfui. Les britanniques ont été surpris et en ont tiré la conclusion, qu'Ablyazov ne devrait pas pouvoir s'enfuir comme son proche. Ils lui ôtèrent son passeport car que pouvait-il faire sans document ? pensaient-ils naïvement. Lorsqu'Ablyazov, à son tour, a été condamné à 22 mois de prison pour outrage au tribunal, rien ne l'a empêché de s'assoir dans un train et aller tranquillement en France à travers le tunnel sous la Manche. Il s'est avéré que ce délinquant disposait d'un coffre-fort rempli de passeports.


Parmi les médiateurs, qui ont aidé à dissimuler les actifs de l'oligarque, il y avait quelques personnes de plus. Ils ont également été reconnus coupables par un tribunal en Angleterre. Salim Shalabayev a été accusé de faux témoignage devant la Cour d'appel. Il s'est échappé comme ses prédécesseurs. Le représentant d'Ablyazov, Paul Kifriotis, a été reconnu coupable d'outrage au tribunal au Royaume-Uni et à Chypre (où il a été trois mois en prison).


Je ne sais pas comment ça se passe dans la lointaine Asie, mais en Europe, si une personne échappe à la justice, si elle ment effrontément quels que soient les faits, c'est un signe clair de culpabilité. Et dans cette affaire, nous voyons que tout le gang est en fuite.


Ablyazov a été interpellé par les officiers d'Interpol, sur la Côte d'Azur dans un manoir de luxe. Il n'y a pas de doute que désormais cet homme ira en prison pendant une longue période.. C'est ce que confirment les progrès de la procédure judiciaire en France pour l'extradition d'Ablyazov. Il va bientôt être extradé vers Moscou. Le prisonnier, bien sûr, continue d'affirmer qu'il est persécuté pour des raisons politiques, mais a été en mesure de parvenir à une seule chose, aller dans une prison où il n'aura pas à travailler, et où des diplomates lui rendront visite pour contrôler le respect des droits des prisonniers. Par ailleurs, l'Angleterre a déchu Ablyazov de son statut de réfugié politique..


A la différence de son chef, Shalabayev est parti en prison temporairement. Le juge territorial de Vilnius a autorisé l'extradition de Cirim Shalabayev pour trois mois. Mais les perspectives qui s'ouvrent devant lui ne sont pas optimistes. Il a été arrêté à la demande de l'Ukraine, où l'homme est soupçonné de détournement de biens de 300 millions de dollars. Et personne ne le relâchera facilement. Il faut préciser que la politique n'interférera pas avec la justice, car entre Vilnius et Kiev, il y a de bonnes relations.


Il y a des plaintes contre ce fraudeur également au Kazakhstan où Shalabayev risque jusqu'à 10 ans de prison avec confiscation de ses biens. Toutefois, peu importe dans quelle prison il ira, tant que le voleur a eu ce qu'il méritait. L'inéluctabilité de la peine, basée sur le droit européen, est l'objectif principal.

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