jeudi 28 janvier 2016

Scandale médiatique au Kazakhstan

Au Kazakhstan, un scandale journalistique majeur a éclaté. Une des plus grandes banques du pays a intenté un procès contre des journalistes, en les accusant de répandre de fausses informations, et de diffamer la banque. Les organisations internationales des droits de l’homme ont immédiatement accusé le gouvernement de mettre la pression sur la liberté d'expression et de la presse indépendante. Et ceci, malgré le fait que les journalistes eux-mêmes ont confirmé qu’ils « travaillent sur commande »

Dans de nombreux Etats ayant une jeune démocratie, la liberté d'expression est souvent associée à l'anarchie. Les journalistes, se pensent parfois intouchables, même s’ils violent la loi. Une situation similaire a eu lieu au Kazakhstan.

Une des plus grandes banques du pays, "Kazkommertsbank" a déposé une plainte contre le portail "Respublika" et "Nakanune.kz", accusant les éditeurs et les journalistes de diffusion de fausses informations à propos de la Banque et de dommages à sa réputation commerciale. Ces médias ont publié une série d'articles accusant la banque, entre autres choses, de la «saisie » par des raids financiers de la propriété de l’oligarque disgracié, Mukhtar Ablyazov. Ce dernier est actuellement détenu dans une prison en France, et attend son extradition vers la Russie. Il est accusé de fraude financière de plus de 6 milliards de dollars dans trois pays : la Russie, l'Ukraine et le Kazakhstan.

"Kazkommertsbank" a remporté l'affaire au tribunal. Pour une raison simple, aucun média ni aucun journaliste, n’a pu fournir au tribunal de preuve des faits les accusant dans les documents publiés. Les journalistes ont été placé en détention. Parmi eux se trouve Guzyal Baidalinova, la propriétaire de l'un des deux médias « Nakanune.kz ». La seconde propriétaire est Mme Irina Petrushova. Elle est intouchable pour le juge car elle vit depuis de nombreuses années en Europe. (Cependant au Kazakhstan, il est connu que les deux médias sont en fait détenus et financés par Petrushova).

Pendant le procès, la source de l'information et la raison de l'intérêt des journalistes est apparu. Le commanditaire était l'un des hommes d'affaires «fâché » contre la banque, Tahir Kaldybaev. Ce sont les journalistes arrêtés dans l’affaire "Kazkommertsbank" qui ont donné cette information. L’un de ceux-ci s’est retrouvé être un intermédiaire entre l’homme d'affaires et les médias accusateurs.

Ils ont dit que l'homme d'affaires et commanditaire a choisi les deux médias comme une plate-forme pour la publication d'articles critiques. Le paiement pour chacun d'eux était entre 5 et 10 milles dollars.

« Je n’était pas intéressé par le contenu des articles, et la fiabilité de la source d'information », a dit l'un des journalistes Rafael Balgin. "Il aurait été nécessaire de vérifier une telle information, mais ce travail de vérification ne m’intéressait pas. Le client a payé une bonne somme. C’est pout cela que nous ne cherchions pas à recueillir des informations fiables et à assurer un point de vue objectif. C’était un projet purement commercial. "

Dans le même temps, les journalistes ont rapporté que le propriétaire de la banque accusant les médias, non seulement connaissaient la nature de la transaction, mais il a pris part à la rédaction d’articles. Et, plus tard, il leur a fourni une réimpression sur d'autres sites, contre paiement d'un prix supplémentaire.

Il est possible de ne pas croire les journalistes (on peut dire n’importe quoi pour se défendre). Mais c’est le commanditaire lui-même, Tahir Kaldybaev, qui l’a dit. Il a admis être à la fois à l'initiative et le parrain d'une campagne contre la Banque et avoir envoyé personnellement des articles aux journalistes intermédiaires (y compris Balgin). Ceux-ci ont juste fait une « interprétation littéraire ».

Il explique son choix des portails "Respublika" et "Nakanune.kz" simplement : ils sont spécialisé dans la publication d’articles sur mesure sans vérification des faits.

Le vice-président des programmes internationaux de Freedom House, Robert Herman considère l'histoire du litige entre le "Kazkommertsbank" et les journalistes kazakhs, comme des attaques du gouvernement contre la liberté d'expression. 

L'OSCE a pris une position étrange au travers du représentant de l'organisation sur la liberté de la presse, Dunia Miyatovitch : "La détention de membres de la presse pour ce qu'ils disent et écrivent, est tout simplement inacceptable. Ces journalistes doivent être libérés immédiatement". La portée des actions illégales n’est pas intéressante.

Il en est de même pour Nina Ognyanova, coordonnatrice du programme du Comité de protection des journalistes d’Asie centrale à New York, qui a déclaré que «le gouvernement devrait modifier les lois qui permettent la poursuite de journalistes, lesquelles sont ouvertes aux abus et ont un impact négatif sur l'accès à l'information."

Cependant, aucun des représentants des organisations internationales ne tient compte des déclarations des journalistes qui ont honnêtement admis qu’ils n’ont pas vérifié les informations mais juste gagné un peu d'argent. Le schéma "marchandise-argent-marchandise a fonctionné, a reconnu Makhambet Auezov, l’éditeur de "Delovaya nedelya", qui a également agi à titre d'intermédiaire entre le homme d'affaire commanditaire et les propriétaires accusées par les médias. Les articles qui ont été publiés, n'ont aucune base de preuves. Ca ne lui a jamais été demandé".

Les journalistes ont été pris en otage contre la loi.

Conformément à la Constitution du Kazakhstan, tout citoyen a le droit à la liberté d'expression. La loi "sur les média de masse" prévoit expressément qu'un journaliste est tenu « de ne pas diffuser des informations qui ne correspondent pas à la réalité ».

Pour la diffusion de fausses informations, commise suite à un arrangement préalable ( tous les journalistes sont conscients de la nature de la commande), et utilisant les médias, le Code pénal du Kazakhstan prévoit une forte amende ou des travaux correctionnels ou la privation de liberté jusqu'à trois ans. Ces dispositions de la loi ne distinguent pas les délinquants par type d'activité ou de profession.

Aujourd'hui un scandale international impliquant un grand nombre de journalistes internationaux et des organisations des droits de l’homme est alimenté par Irina Petrushova, propriétaire des deux journaux cité ci-dessus, et employeur des journalistes arrêtés. Contrairement à un journaliste ordinaire, son bénéfice s’est élevé à des centaines de milliers de dollars. Et elle ne craint pas de persécutions policières kazakhstanaise en Autriche. Elle encourage donc ses subordonnés "à ne pas abandonner". Et elle continue sur ses pages des réseaux sociaux, d’accuser les autorités de «partialité». Dans le même temps elle critique le pouvoir pour avoir arrêté des « femmes journalistes ». Apparemment, c’est son dernier argument. Par ailleurs, elle ne propose pas de sauver les employés en montrant les preuves des « faits » qui jettent le trouble sur la réputation de la banque.

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